jeudi 21 mai 2009

On ne nait pas homme

"Hypothèse en pointillé : dès qu'un petit garçon comprend qu'il vient (que tout le monde vient) de l'intérieur d'un corps de femme, un corps donc différent du sien, il se met à construire et à détruire, à bricoler, à manier, à remanier et à tripatouiller, la petite fille ne fait pas cela. Les garçons ouvrent les poupées, les nounours et les voitures petites et grandes, ils ouvrent les fusils, jouets ou non, pour en comprendre le fonctionnement ; ils veulent pénétrer le mystère de la vie, des origines, comprendre d'où ils viennent, pourquoi ils sont là ; ils regardent de près, d'encore plus près ; plus tard, certains iront jusqu'à arracher le fœtus du ventre de la femme enceinte et à en fracasser le crâne. Après le dépeçage du nounours, après le carnage, ils laissent derrière eux : non-sens, monceaux de chairs mortes qui ne veulent plus rien dire. Ils ont réussi à transformer le vivant en mort, en objet, en chose, en rien : puissance sidérante qui ne peut se comparer qu'à celle de mettre un enfant au monde."

Le reste de l'article de Nancy Huston pour Le Monde est !
Olympe en a parlé ici...

Je suis curieuse de savoir ce que vous en pensez...

22 commentaires:

Homer a dit…

Ca explique pourquoi les bouchers sont toujours des hommes...

Nota: les petites filles, souvent, décapitent les poupées qu'elles tiennent par les cheveux. Que faut-il en penser?

Nicolas a dit…

"ils veulent pénétrer le mystère de la vie" : après ce n'est pas ça qu'ils veulent pénétrer.

charlemagnet a dit…

on est bien réduit à peu de choses dis moi... tous des francis heaulme en puissance alors?
mouais... :(

Frédérique M a dit…

Je n'adhère pas à cette vision manichéenne et binaire qui consiste à mettre les hommes d'un côté et les femmes de l'autre. C'est un lieu commun. Il y aurait beaucoup à dire sur la violence des femmes et sur leur inventivité en la matière. La femme est un individu comme les autres, soumise à des pressions et à des pulsions, capable de veulerie, de cruauté, de lacheté... Et l'image d'épinal qui consiste à la peindre en éternelle mater dolorosa ne rend pas justice à la vérité des enfanticides, des viols commis par ascendance, des brutalités, meurtres et autres joyeusetés assassines recensées chez la gente féminine... Je suis surprise que Nancy Huston tienne un discours aussi caricatural. Que l'on soit un homme ou une femme, il s'agit d'être honnête : ne pas appeler colère ce qui est de la rage et indignation ce qui est de la haine.

Zoridae a dit…

Homer,

Tu n'as lu que cet extrait, non ? Je l'ai choisi justement parce qu'il était provocant mais il ne résume pas toute la pensée de Nancy Huston !

Nicolas,

Hihi ! Toi alors !

Charlemagnet,

As-tu lu l'article en entier ? Car NH précise "A toute époque surviennent les orgies sanglantes perpétrées par des mâles, non tous les mâles bien entendu mais eux seulement(...)"

Frédérique Martin,

Je ne sais pas car j'ai souvent eu ce genre de réflexions... Oui les femmes assassinent mais plus souvent leurs proches ou alors (comme ces femmes qui commettent des attentats suicides) parce qu'elles ont été embrigadées. Les violences mâles que Nancy Huston décrit dans son article, les avons nous déjà vues commises par les femmes, dans toute l'histoire de l'humanité ? Je suis peut-être naïve mais je ne trouve pas ce texte caricatural- c'est seulement qu'ici, sa pensée est synthétique - ; c'est peut-être parce que je lis Nancy Huston depuis longtemps et que je connais le cheminement de sa pensée jusqu'à aujourd'hui...

Frédérique M a dit…

Je ne crois pas que vous soyez naïve Zoridaé, et moi aussi j'apprécie Nancy Huston. C'est pourquoi,je vous le répète, je suis surprise par ce texte. Je n'ai pas la place d'une historienne pour débattre sur toute l'histoire de l'humanité, mais ce qui est certain, c'est que la violence est humaine, pas uniquement masculine. Et qu'elle me révolte en tant qu'être humain, pas uniquement en tant que femme.

Aude a dit…

Je n'avais jamais vu ça comme ça, intéressant mais juste je ne sais pas. Je n'aime pas les généralités de toute façon.

Clarinesse a dit…

(D'abord, merci du lien vers ce texte et pardon pour la longueur de ce qui suit et ne manquera pas de déclencher les ricanements de quelques uns.)
a) Si les excès d'un certain féminisme par trop obtus et hargneux me semblent desservir la cause qu'il prétend défendre, le texte de Nancy Huston ne me paraît pas caricatural, ni haineux, à la différence du choeur des mâles effarouchés qui ont, dans la quasi unanimité de leurs commentaires méprisants, démontré avec éclat combien elle pouvait avoir raison.
b) Comme souvent quand l'argumentation d'une femme est riche, on la qualifie de désordonnée, de brouillonne.
c) On l'accuse de haine et de conclusions hâtives, alors qu'elle se limite à énumérer des faits aussi incontestables qu'évidents, et de poser des questions sur leurs causes. Il faudrait savoir : lieux communs affligeants de banalité par leur vérité même ou position excessive ?
d) On lui en veut de ne pas aller assez loin dans son analyse : critique aussi nulle et non avenue que de reprocher à un article du petit Larousse de n'être pas aussi complet qu'une thèse de doctorat.
e) Et enfin, mettre l'agressivité des hommes sur le compte de l'éducation que leur ont donné les mères : ben oui, hein ! Si Adam a été chassé du paradis, c'est de la faute d'Eve, et s'il est méchant et qu'elle en bave, c'est bien fait pour sa pomme : c’est qu’elle est une mauvaise mère ! Non, nier la part de l'inné est aussi grotesque que de tout mettre sur le dos du déterminisme social et familial. J’ai pour ma part toujours veillé à ne pas faire de mon futur petit homme un cliché sur pattes. Mais avant même qu’une seule voiture miniature n’ait franchi le seuil de la maison, il faisait déjà « vroum » avec une boîte d’allumettes vide, et j’ai beau lui proposer autant de jouets « fille » que « garçon », sans être aucunement belliqueux, il préfère les courses à roulettes à l’enfilage de perles, et détruire des tours à les construire. Quelle surprise !
f) Il y a donc tout simplement une incontestable énergie caractéristique de la gent masculine que seuls les plus intelligents et les plus talentueux arrivent à sublimer en énergie créatrice (d’où le grand nombre d’hommes chercheurs, scientifiques, artistes, sans même tenir compte de l’éducation qui a été refusée aux femmes pendant des siècles) alors que la majorité des autres mâles se dépatouille tant bien que mal avec sa testostérone, déversant son trop plein de violence via la guerre, le sport (sa version édulcorée), la délinquance, la criminalité, une sexualité agressive ou des commentaires méprisants et hargneux sur internet, histoire de bien montrer qui qu’est l’chef et de marquer son territoire.
g) Et pour finir, il me semble absurde et détestable de vouloir prétendre à l’indifférenciation des sexes : à chacun ses atouts, à chacun d’apprendre à en jouer sans blesser l’autre. Sans différence générique et génétique, pas de séduction possible, et morne plaine en vue.

In Guts We Trust a dit…

Bonsoir madame Zoridae et bonsoir messieurs-dames. Venant de dévorer le paragraphe extrait de l'article, et du coup l'article en son entier, et n'étant pas encore atteint de gastro-entérite, je me pose la question suivante : Nancy Huston a-t-elle déjà vraiment observé (et pas digéré en vue d'en faire de l'argument) des enfants, mâles si l'on veut s'en tenir à eux, disséquer soit-disant violemment un jouet ou un nounours ? En premier lieu, arguer que l'enfant par ce geste brise l'unité du vivant pour en faire un cadavre, cela suppose que chez lui il y ait déjà le jugement (que d'aucuns diront synthétique) "c'est un corps", ou "c'est vivant", ce qui 1) est absurde, vu que c'est une poupée ou un doudou, pas un corps vivant (faut pas prendre les gamins pour des gnoufs, non plus...) 2) que cette faculté de synthèse soit, comme il apparaît dans l'article, innée ou du moins extrêmement précoce, ce qui peut poser problème à la lecture de quelques textes de Kant (désolé), Sartre (oui ! sa critique de la notion de "trou" chez Freud dans "L'être et le néant" !!) ou autre... Pour ne pas faire trop long, j'ajoute juste que ces "débris", membres, têtes, etc., se mettent, dans le moment et l'espace du jeu, à acquérir le statut d'objets autonomes de contemplation et de manipulation - donc de désir : autrement dit, ce ne sont plus la "jambe" ou le "bras" d'un jouet préexistant, mais de nouveaux jouets ; je rapproche ça pour ma part du morcellement, décrit par Lacan, dont est l'objet le corps de l'autre quand il devient objet (justement...) de désir. Mais bon... Là-dessus, je rappellerai que si les bouchers sont tous des hommes (ah ?), les chirurgiens sont parfois des femmes et les femmes de boucher cuisent les jambonneaux (ce qui, symboliquement, n'est pas mal non plus...). Je vous salue !

Chieuvrou a dit…

En attendant, même après avoir éventré mon tube de Colguette, je ne vois toujours pas comment on parvient à obtenir une pâte blanche striée de rouge et à faire en sorte, autrement dit, que les deux couleurs ne se mélangent pas.

Monsieur Poireau a dit…

Zt, pas le temps de lire ça maintenant mais le sujet m'intéresse !
J'y reviens en fin de journée…
:-))

Pierre Robes-Roule a dit…

je vous propose une longue très longue très très longue explication sur mon blog ici : http://max-la-terreur.blogspot.com/2009/05/chronique-banale-de-la-faillite.html

Pierre Robes-Roule a dit…

Ouups ! le lien exact est : http://max-la-terreur.blogspot.com/2009/05/allo-ici-apolon-huston-tu-as-un-gros_21.html

Monsieur Poireau a dit…

Oh la la, ce que je suis déçu !
J'apprécie habituellement l'intelligence de cette auteure, mais là, il faut reconnaître qu'elle s'est foutue le stylo dans l'œil et qu'elle écrit à l'aveuglette !
Il y a maints exemples de culture humaine où rien de ce qu'elle décrit n'a lieu, pas plus la survalorisation de "l'instinct maternel" que la place des hommes à la guerre…
Sincèrement, elle devrait un peu relire les ethnologues et faire l'effort de sortir de sa vision pour le moins ethnocentrée !
Déçu, déçu, déçu !!!

[J'ai trainé une idée depuis ce matin : les filles jouent avec une peluche, tandis que les garçons démontent un objet. Sans doute n'ont-ils pas "investi" celui-ci d'un affect particulier, peut-être n'ont-ils simplement pas besoin de cet objet transitionnel pour "être au monde". A creuser… :-))) ].

dedalus a dit…

finalement, j'ai répondu à la question avec un petit billet...

Zoridae a dit…

Merci à tous pour vos commentaires... Pierre Robes-Roule, j'irai vous lire demain car il est tard. Dedalus je t'ai commenté...

Les autres, je pense vous répondre dans le week-end...

Mots d'Elle a dit…

Ce texte me semble d'un féminisme primaire qui ne fait qu'entretenir un clivage d'un autre âge. Il nie toute évolution cuturelle et sociétale ainsi que toute possibilité d'éducation. C'est de la psycho du développement de bas étage pour moi.
Si être mère c'est uniquement faire ce constat et laisser nos "petits hommes" devenir des barbares sans conscience et sans pertinence ( je n'adhère en rien à cette thèse archaïque d'ailleurs), quelle misère de n'être dans ce cas que de pauvres témoins de cette évolution inéluctable.Quel affront fait aux femmes non? Serions-nous si idiotes ou incapables pour laisser perpétuer cette dérive?
Enfin,continuer à penser et dire qu'un enfant est issu de "l'intérieur d'un corps de femme" ( physiologie pure), sans resituer la part masculine de cet état de fait, sans évoquer ce qui est de l'ordre du désir et de la construction d'un couple, est à mon avis le meilleur moyen d'enfermer la femme dans un statut de génitrice hystérico-persécutée.
Quand cesserons-nous d'oublier que nous faisons des enfants avec des hommes?

Monsieur Poireau a dit…

Mots d'Elle : merci de ton commentaire ! C'est pertinent…
:-)

Marie-Georges Profonde a dit…

"La petite fille ne fait pas cela."
Hum, dommage que Nancy n'ait pas vu la gueule de mes jouets étant petite. Je disséquais, cassais ou démontais chaque jouet, et mes poupées avaient toutes des croix noires tracées au marqueur sur le visage. Je vais m'allonger, moi...

Zoridae a dit…

Marie-Georges,

Tu chipotes sur un détail, mais le reste, qu'en penses-tu ?

charlemagnet a dit…

oui... j'avais tout lu mais mon esprit a heaulmé .... zutttt.....

MichelDalmazzo a dit…

J'adhère au point de vue de "Mots d'elle", qui semble majoritaire d'ailleurs.
J'aime aussi cette assertion : "Quand cesserons-nous d'oublier que nous faisons des enfants avec des hommes?"