mardi 8 avril 2008

Pleins de DRIIIING !

Finalement, une nuit, le téléphone sonna, nous réveillant toutes les trois. Ma mère nous empêcha de la suivre dans le couloir et répondit, seule, enfermée dans le salon. Elle nous recoucha cinq minutes plus tard, le visage déterminé :
« Ca y est, nous souffla-t-elle. Ce sera fini demain soir, je vous le promets. Dormez tranquilles ! »

A sept heures, elle nous déposa, comme d’habitude chez Madame Gratton dans la cuisine où mijotait un bœuf bourguignon, et elle partit pour la gendarmerie. Madame Desrochers avait ordonné que les dix-mille francs (elle avait revu ses exigences à la baisse) soient déposés sous l’escalier de l’allée A à 11 heures. Ma mère suggéra que les gendarmes se postent avec des jumelles dans la villa du berger allemand afin d’observer ce qui se passait dans l’allée.
De plus, les voisins du rez-de-chaussée de l’allée A avait promis de rester aux aguets derrière leur œil de bœuf.
Férue de romans policier, ma mère eut l’idée d’imbiber de bleu de méthylène les faux coupons enfermés dans un paquet scellé. Ainsi le coupable aurait les mains tâchées et serait confondu aisément.

Toute la journée, depuis 10 heures du matin, les gendarmes observèrent les allées et venues de madame Desrochers. Elle descendit trois fois au local à poubelles, vérifia sa boîte aux lettres cinq fois et emmena sa fille au bac à sable à quinze heures. Au milieu de l’après-midi, on téléphona à ma mère et la voix féminine, hystérique, cria qu’elle avait mal placé l’argent, qu’elle n’était pas dupe, qu’il était bien trop visible des appartements du rez-de-chaussée. Ses menaces se firent plus précises, le groupe allait nous enlever toutes les trois et nous découper en morceaux, à tour de rôle. Derrière elle, les pleurs d’enfant devinrent stridents. Ma mère, épuisée, s’empressa d’aller déplacer le paquet. Mais lorsque nous revînmes de l’école, escortées par une madame Gratton un peu tendue, elle aussi, le paquet n’avait pas bougé.

Finalement, à vingt heures, les gendarmes arrêtèrent madame Desrochers et la placèrent en garde à vue. Son mari, un militaire, n’était pas là et sa petite fille fut confiée aux services sociaux pour la nuit. Madame Desrochers résista vingt-quatre heures avant d’avouer son forfait. Elle expliqua qu’elle avait vu ma mère à la fête de la copropriété et qu’elle l’avait enviée. Elle était belle, libre, avec des sandales dorées ; Anna et moi courrions partout en entraînant les autres enfants des Rousses à notre suite. Madame Desrochers avait eu tellement envie de devenir l’amie de ma mère.

Puis elle avait renoncé.

*****

Quelques jours plus tard, nous venions de fêter la fin de ce calvaire, lorsque quelqu’un sonna. Monsieur Desrochers s’imposa. Portant sa petite fille et un cadeau dans les bras, il entra dans le salon. Il supplia ma mère de retirer sa plainte car, expliqua-t-il, sa femme faisait une dépression à cause de sa grossesse. Il ne s’était pas rendu compte de la gravité de son état jusqu’à ce qu’on l’appelle après qu’elle eut avoué. Nous ouvrîmes le cadeau du bout des doigts, sous le regard courroucé de ma mère. Le jeu s’appelait Perds pas la boule.
« Il est nul ce jeu s’écria ma sœur !
- Chut, soufflais-je !
- Bon d’accord, soupira ma mère, mais promettez moi de déménager dans les deux ans.
- Accord conclu ! »


*****

Les Desrochers ne déménagèrent jamais. Je ne sais pas si madame Desrochers guérit mais chaque fois que nous la voyions, au loin, nous nous écriions :
« Regarde, c’est la folle ! »

Dévalant la pente devant l’allée A, nous hurlions :
« C’est l’allée de la folle ! »


FIN


Illustration : Mark Ryden

13 commentaires:

Poumok a dit…

OUF !! Rassurée ! ;-)

Loïs de Murphy a dit…

En Fin :o)

Guhn a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
Dorham a dit…

Te laisse pas décourager !
J'ai adoré le titre du jeu ; ça existe vraiment ?

Bravo pour l'unité, pour le style, la conduite (même si je devine que tu as un peu voulu en finir, non ?)...

Dorham a dit…

Pour te rassurer, je viens de commettre un texte que personne ne va lire...

si c'est pas de la solidarité, ça...

Zoridae a dit…

Poumok,

Oui ! Moi aussi !

Loïs,

:o))

Dorham,

Pourquoi tu me dis de ne pas me laisser décourager ?
Oui le jeu existe, il était nul et on n'y a jamais joué !
Merci... Oui c'est vrai j'avais envie de passer à autre chose... ça se sent tant que ça ?

Dorham 2,

Bon je suis obligée d'aller le lire alors ;)
(EHHHHHH mais ce texte a été lu d'abord, c'est juste qu'il n'y a pas eu beaucoup de commentaires. Tout le monde était chez Bal entrain de dire des bêtises au sujet d'une photo !)

Dorham a dit…

oui, j'ai senti une pointe de lassitude et non, tu n'es pas - heureusement - obligé d'aller lire (j'étais sur que tu me ferais la réflexion :-)).

Et, je disais ça comme ça...sans méjuger ta zaffluence !

Natalys a dit…

Encore des aventures palpitantes des 2 soeurs et de leur maman....je suis fan.

balmeyer a dit…

Elle était chouette ta série, bibi ! (jeu de mot ==> >Chéri-Bibi. Ah ah ah).

yelka a dit…

Comme dorham je sens que tu as voulu en finir avec cette série.. mais c'est une fin chouette, et qui heureusement se termine bien.

N'empêche qu'elle est dingue cette histoire et que ça a du vous marquer sacrément !

Catherine a dit…

Bon, tout est bien qui finit bien.
Zoridae, vous comprenez maintenant pourquoi je préfère que mon chien soit au chenil ! Là, au moins, il mange !

Zoridae a dit…

Dorham,

Zut alors ! J'ai eu aussi le désir de précipiter le final comme dans les films d'action et je me suis dit que ça servirait bien mon envie de terminer... Mais apparemment non. Dommage !

Comment ça tu étais sûr que je te ferais la réflexion, irais-tu jusqu'à dire que je suis taquine... Ou même peste ?

Natalys,

Merci beaucoup, ça me touche vraiment ma belle amie !

Balmeyer;

Merci !
Et lol !

Yelka,

C'est ça qui est chouette dans le fait d'écrire dans un blog, c'est l'interaction avec les lecteurs. Je retravaillerai cette histoire - et notamment cette fin en m'aidant de vos critiques constructives... Merci !

En fait non, c'est bizarre mais cette histoire ne nous a pas marquées du tout. C'est vieux et passé. Vraiment !

Catherine,

Oui. Heureusement pour votre chien vous êtes de retour ! Je pense qu'il faudra que Gunther aille donner une petite leçon à votre époux ;)

yelka a dit…

Alors tant mieux si tout ceci est constructif.. et également, contente que ce bout de passé soit resté sans marques sur vos esprits !