jeudi 10 avril 2008

Corpus sanus... (1)

Dans le ventre de notre mère, ma sœur tenait déjà tout la place. Nous avons failli mourir toutes les deux, car elle recevait trop et moi, presque rien.

Depuis, les choses n'ont guère changé :
"Oh ! Mais vous êtes exactement pareilles ! s'exclament les gens en nous voyant ensemble pour la première fois."

Clarisse parle pour nous deux, elle invente des histoires ahurissantes que chacun écoute, concerné, passionné.

Quand on m'interroge, je ne sais qu'énoncer des vérités. Dans les yeux de mes interlocuteurs, je vois qu'ils les considèrent, circonspects, comme des platitudes flirtant avec le sordide.

La plupart du temps, je demeure silencieuse mais personne ne s'en émeut. Il leur suffit que l'une de nous s'exprime.

Puisque pour eux nous sommes identiques.

Alors je regarde ma sœur et j'énumère nos différences : la paupière de son œil droit penche un peu tandis que la mienne s'étire vers le front ; j'ai un grain de beauté qu'elle n'a pas sur un sein ; je souris sans montrer les dents, tandis qu'elle ouvre la bouche, laissant affleurer une langue un peu pâle qui palpite ; ses cheveux bouclent, pirouettent, se mêlent gracieusement aux volutes de sa cigarette. Les miens, sont raides, ils forment un casque épineux sur ma nuque. Je grince :
"Tu devrais éteindre cette cigarette. Ce n'est pas bon pour ta santé."
Clarisse m'ignore et je m'en trouve rassérénée.

Je suis moi dans le faible interstice qu'ouvrent nos dissemblances.

Illustration : Artandghosts

9 commentaires:

Poumok a dit…

Ma parole, tu trouves l'inspiration en voyant ces illustrations ?? Incroyable qu'elle correspondent à ce point à tes textes à chaque fois !!

Zoridae a dit…

Poumok,

Eh non ! C'est vrai que j'ai été ravie en trouvant celle-là !

Loïs de Murphy a dit…

Magnifique réflexion (wow le jeu de mot à deux balles, Ruquier sort de mon corps !) sur le regard "des autres" sur les vrais jumeaux. J'ai croisé plusieurs fois dans ma vie de vrais jumeaux, je n'ai jamais compris qu'on les confonde. Il y a toujours des différences physiques, sans parler de la personnalité bien sûr.

balmeyer a dit…

Pas le temps d'en faire des tonnes, mais je dis juste : excellent !

Loïs de Murphy a dit…

Balmeyer je proteste contre votre absence qui justifie si j'ai bien compris l'absence d'accès aux commentaires, je ne peux pas vous dire combien votre dernier opus sur la force de vente et Dark Vador est géniale !

yelka a dit…

hin hin.. une nouvelle histoire commence avec un texte un peu plus court qui allèche juste ce qu'il faut pour revenir te lire le plus rapidement possible !

Dorham a dit…

Et elle est elle sans doute dans l'interstice inverse. Autant de beautés en si peu de mots, c'est presque pas permis...sans jamais "phraser" qui plus est.

Gaotian a dit…

Je découvre ce blog et je suis très impressionné! Superbe, d'ailleurs ce texte que je suis sensé commenté me rappelle un autre que j'avais beaucoup aimé: "Le Grand Cahier" de Kristof.
Je reviendrai vous voir, bon courage en tout cas, ce n'est pas si facile d'écrire sur internet (et c'est d'ailleurs là tout l'intérêt).

Zoridae a dit…

Loïs,

Merci :))
Comme beaucoup de personnes, je me demande ce que ça fait de vivre avec son double. Il se trouve que j'y pense régulièrement puisque l'une de mes élèves a une jumelle. Je en l'ai jamais rencontrée mais mon élève m'en parle à chaque fois avec enthousiasme et passion.

Balmeyer,

Il faut prendre le temps ;)
Merci !

Loïs,

Bal n'est pas absent, il a juste décidé de couper les commentaires. Mais il te répondra !

Yelka,

Eh eh eh !
A bientôt alors !

Dorham,

Un jour, je vais me faire tatouer un de tes compliments... Merci.

Gaotian,

Bienvenue ici et merci beaucoup ! Je commence à avoir une liste conséquente d'appel à la lecture dans mes commentaires. Merci de la piste en tous cas, je ne connais ni l'auteur, ni le livre.

Cela m'intrigue ce que vous écrivez en fin de compte, qu'il n'est pas facile d'écrire sur internet. Pouvez-vous préciser ?