samedi 15 mars 2008

Son histoire et mon rêve

Nelly est une jeune femme que je devine douce, généreuse. Elle a été une de mes premières lectrices et je suis allée à mon tour lire sur son blog ses récits de vie, admirer ses photos, visiter son jardin. Lorsqu'il y a quelques jours j'ai fait le récit d'un rêve dans lequel B. me quittait pour une autre femme, Nelly m'a laissé un commentaire troublant. : "Tu as rêvé le cauchemar de ma vie d'aujourd'hui... c'est troublant et j'en pleure à chaudes larmes...". Je lui ai proposé de me contacter par mail et elle m'a écrit. Son message portait comme titre "ton rêve et mon histoire". Nelly y écrivait : "Ton texte de ce matin m'a fait une impression étrange. Je l'ai fait lire à quelques amis, qui m'ont dit "mais... on a l'impression qu'elle est venu dans ta tête cette nuit !".

Tout est dans mon récit ou presque, le prénom de cinq lettres terminées par un a, le déterminisme de la jeune femme, la trahison, puis la séparation.
Après plusieurs échanges, j'ai demandé à Nelly si elle voulait rédiger son histoire pour mon blog. Elle a accepté.

Hier, elle a ajouté : "Ce sont des mots qui m'ont soulagée, apaisée, ce sont des mots qui parlent juste de moi.
Aussi, ce texte là que je t'envoie, que je te prête volontiers sur ton blog, je me sens prête aussi à le mettre sur le mien."


Voici ses mots :



Janvier touche à sa fin, il doit être 7h30 du matin, c’est dimanche. La maison dans la montagne sent encore le feu de bois qui s’est consumé cette nuit dans le poêle.


Les petits pas de Lilou la conduisent à notre chambre. L’enfant repère où nous dormons, son père, sa mère et moi. Elle grimpe sur le lit, se couche sur mon ventre, et finit sa nuit, toute embrumée de fièvre.

A ce moment là, je sais. Je sais qu’au creux de moi, un enfant se love, une petite graine d’amour qui s’accroche à la vie, une petite graine d’amour pour la vie…

J’ai laissé le papa de cet enfant qui n’est pas encore là sur le quai d’une gare, nous nous sommes quittés amoureux…

Il doit être 7h30 du matin, c’est dimanche… je ne le sais pas encore mais j’ai perdu mon amoureux… Cette nuit, pendant que le bois se consumait dans le poêle, là haut dans la montagne, mon amoureux consumait son corps dans les bras d’une autre…

Aujourd’hui, celui que j’aimais est un fantôme sur les quais du métro de la gare de Lyon. Aujourd’hui celui que j’aimais, qui m’aimait, en aime une autre.
Aujourd’hui, je m’accroche à la petite graine d’amour qui prend vie au fond de mon ventre, au fond de mon cœur…

Son papa l’aime déjà, mais il ne m’aime plus. Je pleure souvent et j’enrage aussi parfois, et je me calme, j’essaye… il ne faut pas que cet enfant ait une maman malheureuse, il ne faut pas que cet enfant ait une maman en colère. Je ne serai pas cette maman là.

Et toi, quel papa seras-tu ?


Dans son dernier
mail, juste après l'envoi de ce texte, Nelly m'a confié : "Depuis aujourd'hui, je sens que mon ventre se transforme. C'est magique..."

Photo : Jessie Raye

25 commentaires:

balmeyer a dit…

J'aime bien comme tu sais laisser la parole aux autres, avec tact et douceur...

Ellie a dit…

Et en plus, Nelly a des doigts de fée. Ses tricots sont de vrais ouvrages d'art

MissBrownie a dit…

Magnifique texte très touchant et si dur ...

poumok a dit…

Que d'émotions dans ces lignes... Une pensée pour Nelly, qu'elle puisse puiser la force dont elle a besoin...

Fanette a dit…

C'est beau qu'elle ait reconnu cet amour, son bébé va enfin pouvoir être aimé et fleurir et s'épanouir.

Dorham a dit…

C'est acérée, la vie. Je n'ai pas d'éléments pour juger, en a-t-on jamais à propos de ce genre d'histoires ?
Moi, j'ai été l'homme qui part. J'ai été celui qui rend malheureux. Et surement, il y a des gens qui ont du et doivent encore me juger très durement.

Mais la vérité des histoires d'amour, de désamour, ou les mauvais choix qui nous obligent à en faire de pires encore, est presque impossible à déterminer. Les intéressés sans doute peuvent savoir.

Finalement, la solitude est presque inscrite dans l'ADN.

Azulamine a dit…

A force de remplir des lignes et des lignes de profil où on vous pose toute sorte de questions, je me suis rendue compte qu'il y avait une question à laquelle je n'arrivais pas à répondre. Cette question est : quelle est l'expérience que vous n'aimeriez pas vivre ?
J'y ai réfléchi, et un jour j'ai su que ce que je n'aimerai absolument pas vivre est d'être quittée par homme dont je serai enceinte. Je trouve cette situation ignoble. Ignoble. J'ai beaucoup de respect pour cette femme. Vraiment.

Nelly a dit…

balmeyer : oui hein... :-)
ellie : merci !
missbrownie : merci
poumok : je prends...
fanette : je lui souhaite oui ...
dorham : il n'est pas question ici de juger... j'ai réussi à poser ma colère le temps d'écrire. je voulais simplement poser ma tristesse et ma peur. Effectivement, les intéressés savent peut-être mieux, et encore je ne sais pas. Solitude... oui mais pas tout à fait non plus. Merci à toi.
dorham : oui c'est difficile. Et c'est une expérience ! Pas celle que j'ai choisie, mais choisit-on toujours ?

Dorham a dit…

Nelly,

pour le jugement, je parlais pour moi (le sentiment que j'éprouvais à la lecture)...je pourrais te dire qu'on est tous avec toi, mais comme on ne se connaît pas, ça n'aurait aucune valeur.

Par nature, je respecte toujours la peine des gens.

Toi, tu vis cette histoire, tu en connais tous les tenants et les aboutissants donc tu es à même de faire le distingo...je voulais simplement dire que ces histoires sont toujours très compliquées ; et que l'on a tendance, quand on entend un récit de tristesse comme le tien à apposer un jugement qui peut-être faux...

Ne pas porter de jugement, c'est selon moi :

1 - respecter l'expression de ta peine,
2 - faire preuve de mesure.

Pour finir, j'ajouterais que l'existence est particulièrement difficile d'approche, que les rapports amoureux le sont enconre davantage. Les adjectifs, que l'on utilise pour prononcer des sentences sont dangereux, quelle que soit la situation présente.

Tu m'as en tout cas tout l'air d'une femme très courageuse. Il t'en faudra sans doute beaucoup pour affronter une si dure épreuve.

Tu sais, j'élève ma première fille sans sa mère (qui n'est jamais dispo pour rien et sur laquelle on ne peut pas compter)et même si c'est dur, ce bonheur là, de voir un enfant grandir dépasse de bien loin les difficultés, les incompréhensions de cet enfant qui ne comprend pas pourquoi elle voit si peu l'un de ses parents. Comme le dit très justement ton texte, élever un enfant impose de la force...je suis certain que le bonheur reviendra par cette porte là.

Christie a dit…

je suis sensible à la place laissée à l'enfant. La graine d'amour qui transforme tout ce qu'elle touche en bonheur envers et malgré tout. La force puisée dans cet amour-là aussi qui permet d'espérer le meilleur pour l'enfant lui même. Cet amour porteur de toute l'humanité.. Celle qui embellie les coeurs. L'amour qui donne la force de lutter alors qu'on a l'impression de ne plus pouvoir avancer.. L'amour de l'enfant qui nous donne l'amour de soi, l'amour
tout simplement.Suis-je trop optimiste ?

Zoridae a dit…

A tous,

Juste un petit mot pour vos remercier de vos commentaires que je trouve riches et intéressants. J'ai laissé sur ce billet la parole à Nelly. J'ajouterai sans doute ma petite pierre mais pas aujourd'hui car je manque de temps...

Gaël a dit…

@Christie il ne faut pas non plus que l'amour autour de cet enfant ne devienne exclusif, ce qui pourtant semble être le cas le plus souvent !
j'ai moi-même joué le rôle du nouveau papa qui arrive (et je le joue encore d'ailleurs...), et la place à trouver dans un tel couple est assez petite au début...

Nelly tous mes voeux pour trouver quelqu'un qui vous correspondent à tous les deux, plus ou moins tôt il n'y a rien de pressé, même si une grossesse à trois est peut-être plus légère à porter...

marc a dit…

mes bonhommes sont une part de ma douce... la trahir serait aussi les trahir.
Ce n'est pas une affirmation... juste un long chemin parfois chaotique... et dans ce chemin, il y a eu une décision murement réfléchie pour nous dire que nous étions prêts.

balmeyer a dit…

Pareil que marc, les mêmes mots. Pour les autres, je ne juge pas, la vie apprend peu à peu qu'il est absolument imbécile de juger.

marc a dit…

@balmeyer
on va croire que nous sommes un seul et même bloggeur :-)

Dorham a dit…

"mes bonhommes sont une part de ma douce... la trahir serait aussi les trahir."

Bien sur, mais cela vaut que les enfants sont les enfants nés de l'amour. Dans le cas contraire...

Igor a dit…

comme missbrownie a dit : magnifique et dur...

Christie a dit…

0 Gaël, tu as raison, l'amour exclusif pour un enfant est dangereux. je voulais exprimer l'amour qui permet d'aller plus loin.
D'aider l'enfant à être lui-même. tu vois,mon gamin me prend beaucoup de temps. Sa différence tant intellectuelle que physique, en fait un enfant que l'on envie d'une certaine façon. Etre surdoué et intelligent fait que beaucoup d'enfant le jalouse et lui rendent la vie compliquée car il n'a pas beaucoup d'amis. Et j'ai peur qu'à force, il ne devienne méchant.. Petit, il était très sensible aux autres (je raconte son histoire sur mon blog, l'histoire de Max) . Aujourd'hui, je le surprends à dire des méchancetés, avoir avoir besoin de se venger..
Et je ne veux pas en faire un homme qui a décidé une bonne foi pour toute que le genre humain n'est pas fréquentable. je ne peux pas tout raconter ici, cela serait trop long.
Mais je me dis qu'en lui rappelant que l'Amour existe, peut-être qu'on pourra éviter qu'il ne soit complètement enfermé dans son monde.
Et encore, je culpabilise souvent à me demander si j'en fait trop , pas assez, peut-être mal. La juste mesure, je ne sais pas où la trouver. je sais seulement que l'amour d'un enfant peut nous aider,nous parents (père ou mère) à dépasser notre petit confort quotidien pour défendre notre progéniture...
C'est de cet amour-là que j'exprime.

Nelly a dit…

dorham : j'avais bien compris le sens de ton message. J'ai mis du temps avant de réussir à écrire ce texte. Je voulais qu'il parle surtout de moi, qu'il n'appelle pas au jugement, ce que j'aurai pu faire sur le coup de la colère, ou d'une trop grande tristesse.
Etant donné les réactions, je pense que ce modeste objectif est atteint...

Effectivement, je vis cette histoire... mais je n'arrive pas à en cerner tous les tenants, et encore moins les aboutissants.
Je pense que le bonheur reviendra oui... il faudra que je compose autrement...

Christie et gaël : je suis consciente de la mesure qu'il faut savoir mettre non pas dans son amour, mais peut-être dans la façon de l'exprimer. aimer en laissant la place à l'autre, à l'enfant, pour qu'il devienne lui-même... une fois devenue mère, comment je réagirai ? vaste question...
Quelqu'un d'autre ? Pour l'instant je crois que je vais me buller avec moi-même, me retrouver vraiment...

balmeyer, marc et dorham : cet enfant est un enfant de l'amour, désiré par nous deux, réfléchi, attendu aussi... ça peut paraître étrange vu le peu que je dévoile, mais c'est une certitude. C'en est d'autant plus dur pour moi...

igor : merci...

balmeyer a dit…

Nelly, moi j'ai beaucoup aimé la retenue, la pudeur de ton texte.

Dorham a dit…

Tu as raison de ne pas trop en dire, Balmeyer a raison aussi, tu as fait cela en toute pudeur. Ce qui est très difficile à obtenir quand on dévoile une part de soi...

Tu pourras prendre du recul quand la douleur sera un peu retombée sans doute.

Si j'ai répondu cela à Balmeyer et Marc, c'est parce que je ne comprends pas comment on peut tout mettre en balance quand l'amour est là. Je ne sais pas aimer deux personnes en même temps et je suis incapable de vivre sans sentiments.

Même si l'enfant n'est pas né de l'amour, je ne comprends pas les pères qui parviennent à s'en laver les mains...
J'ai eu, tu l'as peut-être compris, un enfant "non né de l'amour", et j'en ai un autre, qui lui, est bien né de cet amour là. J'aime les deux de la même façon et tous deux vivent sous mon toit...et je n'imagine même pas de ne pas les voir, chaque matin, chaque soir, chaque jour...

J'espère ne pas avoir été trop abrupte ou trop inquisiteur. Si tel a été le cas, je te présente mes excuses...

Nelly a dit…

Merci beaucoup, Balmeyer et Dorham. Pas de soucis Dorham, je ne t'ai pas senti abrupte, ou inquisiteur...

Laurent Morancé a dit…

Sans commentaire... Je suis en train de relire...

lor a dit…

Je ne vous connait pas, mais je connais Nelly et elle est tt ce que vous dites, douce, humaine, forte. Je pleure de vos mots et des siens, je tenais juste a lui dire que je l'aime et que j'aimerai mon neveu ou ma niéce.... tendresse

Zoridae a dit…

Lor,

Merci de me dire cela. Votre message est bouleversant mais ce bébé a déjà de la chance d'avoir une tante qui l'attend avec impatience. Prenez soin de Nelly !