samedi 1 novembre 2008

La littérature chez Wikio

Hier j'ai reçu une bombe dans ma boîte mail. "Voici, m'écrivait Paul de Wikio, le classement des 20 premiers au classement littéraire... Voulez-vous le publier sur votre blog ?"
J'ai pensé "Euh, non !". Puis j'ai lu mes autres mails, répondu à mes commentaires, suivi un lien et j'ai ouvert la pièce jointe au mail de Paul.

Alors, j'ai découvert l'incroyable : Pierre Assouline passait à la deuxième place détrôné par l'efficace et prolifique Clarabel que je lis depuis quelques temps et que j'apprécie beaucoup. En troisième position, juste derrière Assouline, il y avait mon blog, inséparable de celui de mon époux... J'ai beau, d'habitude, ne guère me soucier de ma place au classement, j'ai été incroyablement émue d'apprendre ça...

Demain soir, ma mère arrive pour une visite de quelques jours et je vais lui annoncer la nouvelle. "C'est bien, va-t-elle me dire, circonspecte. Et à part ton blog, tu travailles à quelque chose en ce moment, des nouvelles, un roman ? Et ta nouvelle chez Filaplomb, tu en as vendu beaucoup ?
- Euh, c'est à dire..."
Edit du 3 novembre : le classement vient de paraître sur Wikio et Assouline finalement conserve sa première place tandis que Clarabel est maintenue en deuxième position. Paul de Wikio, contacté par mail m'explique qu'Assouline aurait récupéré un lien le 31 après qu'il m'ait envoyé l'arrêté du classement...

Pour Balmeyer et moi, rien de changé ! Ouf !

Illustration : The black apple

vendredi 31 octobre 2008

Tic-tac

Pendant des jours, j'ai erré dans le brouillard. Ma paupière, pourtant, ne sautait plus, j'avais refermé le livre de Nancy Huston et je courais d'un endroit à l'autre pour dispenser des cours dans l'une ou l'autre des écoles où je travaille. Je croisais des gens et je ne ressentais rien qu'un étonnement distrait. Une vague nausée parfois. Je répétais certaines pensées en boucle avec l'espoir hésitant de me raccrocher à quelques branches.

Ainsi, j'ai enregistré ce visage noir, croisé dans la nuit, que des lunettes de soleil rendaient presque invisible. J'ai gravé un père penché amoureusement au-dessus du landau de sa fille. Une fille, empaquetée serrée dans sa minijupe avait une démarche de robot. Amandine est née le 16 octobre et elle est magnifique. Dans le métro, un homme, heureux, appelait tout son répertoire afin d'annoncer qu'il allait l'après-midi même à la préfecture, chercher sa carte d'identité française ; il a fini par manquer son arrêt.

Quand la douleur me laissait tranquille je touchais la vie du bout des doigts. Je rechignais à m'engager. Les épaules légèrement haussées, la nuque raide, prête à parer son retour en traître, je parlais à voix basse, allongée des heures à jouer aux petites voitures avec mon fils. Le soir, je tirais les rideaux, refusant de regarder comme d'habitude, les silhouettes hagardes dans la rue, les ombres chinoises des habitants d'en face, l'écran de mon ordinateur.

Il ne m'a pas été facile de choisir que lire avant de m'endormir. Les vingt premières pages de René Girard m'ont tellement enthousiasmée que j'ai passé une partie de l'heure suivante allongée dans ma salle de cours, les pieds sur un ampli, à regarder les murs valdinguer près de mon visage. La migraine se disputait mes tempes, grignotait mes orbites, mâchait mon front. Enfin, je me suis relevée et, effondrée sur le piano, parée d'un masque impassible, j'ai joué une vocalise pour Cinna.

Sol fa mi ré do sol do, les notes ont tinté faiblement dans mon crâne hurlant. Cinna a planté sa voix entre mes yeux. Sa langue a parcouru mon échine. Ses dents claquaient, ses gestes, sous le néon, grinçaient. Les paupières soulevées jusqu'aux cheveux, je la regardais et je marmonnais des choses au hasard, incapable de savoir ce qu'il fallait dire, incapable de distinguer la musique au milieu de la cacophonie. L'aiguille de l'horloge en plastique vrillait, de ses tics-tacs, le peu de conscience qu'il me restait.

Alors, j'ai choisi, sur ma table de chevet, le plus petit roman qui s'y cachait. Dissimulé par une pile de Dostoïevski, des essais de Nancy Huston qu'à la suite du Journal de la Création, j'avais envie de relire, il y avait La soif d'Andrei Guelassimov acheté sur une impulsion. Il m'a suffit de quelques lignes pour savoir que c'est ce roman et aucun autre qu'il me fallait.

C'est l'histoire d'un homme à qui il manque une partie du visage. Imbibé de vodka, il évolue dans un monde qu'il regarde comme s'il le découvrait...

Illustration : TummyMountain

En fait...

Je ne pensais pas devoir m'arrêter si tôt, mais je crois que par la force des choses ce blog sera en pause jusqu'à nouvel ordre...

(Si ça se trouve je serai de retour ce soir ou demain !)

mercredi 29 octobre 2008

Blogs et mafia

Aujourd'hui l'araignée est au plafond avec Eric Mainville... A mon avis, il y aura débat. En tous cas je vous souhaite une bonne lecture !

vendredi 24 octobre 2008

Journal de la création, page 105

Depuis une semaine, ma paupière gauche aime dribbler avec mon orbite. Je suis en cours, je parle à un élève, et soudain elle rebondit éperdument ; obligée d'arrêter ce que je faisais, je pose les doigts sur mon œil, j'appuie à peine. Dans le meilleur des cas, elle cesse alors de vibrer jusqu'à la prochaine fois. Mais parfois, la gêne devient douleur. J'ai la nausée, ma vision se trouble, parcourue d'éclairs, et la migraine envahit tout, lancinante, insupportable.

Bien sûr, comme cela dure depuis plusieurs jours, je m'inquiète. A la pharmacie, hier, on m'a demandé si j'étais fatiguée. J'ai pensé à la course des dernières semaines et j'ai soupiré : "Oui, je crois. Un peu." Elle s'est montrée rassurante : "ce doit être dû à un manque de vitamines et surtout de magnésium". Je suis repartie avec des boîtes remplies de gélules que j'avale religieusement, aux heures dites.

Dès que j'ai une minute, je m'interroge sur ma vie, je réfléchis à ce que je mange, à ce qui a changé depuis la rentrée pour que mon corps décide de m'envoyer de tels signaux d'alarme, à ce qu'il faudrait modifier pour me sentir mieux. Je travaille dans une salle, en sous sol, mal aérée, c'est peut-être ça. Je téléphone peut-être trop, d'ailleurs j'ai mal, souvent, du côté où j'appuie l'appareil. Tous les soirs je suis devant l'ordinateur, parfois dans la journée aussi, je lis, j'écris, je dialogue par chat. J'ai l'impression, par moment, que mon cerveau est en ébullition : je dresse des listes, trace des plans, les idées d'écriture s'accumulent, je compte chaque seconde, je cours après le temps, je réclame de la liberté, je rêve de solitude et de silence.

Pour le métro, j'élabore de véritables programmes : envoyer un message à tel élève pour déplacer son cours ; étudier un recueil de lieder pour trouver un morceau que tel autre puisse chanter ; réfléchir au programme du concert que je dois donner fin novembre ; noter l'idée de billet que j'ai eu ce matin, au réveil ; lire. Petit à petit les pages du Journal de la création défilent. Descendue du wagon je grappille quelques pages, encore, sur le quai. On me bouscule, j'avance lentement, à l'aveugle vers les portes de verres de la sortie. Stupéfaite, je lis ces lignes :

"Le 14 mars 1986
Comment garder la vie une fois revenue à la santé ? Voilà la question paradoxale. Comment ne pas vouloir rester malade à tout jamais, pour qu'on (=je) n'attende rien de moi ? Chaque jour un peu plus, il me semble que cette maladie
éclaircit les choses, qu'elle est plus claire et clarifiante que la santé. Dans mon état "normal", je marche souvent dans l'ombre de la vallée de la Mort ; depuis que je suis malade, tous les nuages de doutes et de destruction se sont dissipés et je suis dans la vie, dans tout ce que la vie a de bon et de généreux et d'évident."

Un peu plus loin dans le livre, Nancy Huston cite un passage d'une lettre de Elisabeth Barrett à Robert Browning :

"Le 11 aout 1845
J'avais autrefois un médecin qui croyait avoir tout fait, simplement parce qu'il avait fait sortir l'encrier de la chambre. "Voilà, dit-il, demain votre pouls sera de tant." Il considérait, gravement, que la poésie était une sorte de maladie - une sorte de champignon au cerveau - et que pour les femmes c'était une maladie mortelle, incompatible avec la bonne santé, même dans les meilleures circonstances [...]. Comme ces médecins confondent physique et métaphysique !"

jeudi 23 octobre 2008

Envie d'espace

Le nombre d'invités sur mon blog - et mon envie d'en convier de nouveaux- m'ont donné envie d'espace.

Puis, ayant donné mon lien à quelques nouvelles connaissances, j'ai parcouru mes dernières pages et j'ai trouvé que ce n'était pas clair...

On ne distingue pas bien ce qui est de moi ou pas. Didier Goux parlait, même dans les commentaires du billet de Nefisa, de me bouter hors de mon blog, ce qui en dit long.

Donc, j'ai l'honneur de vous annoncer la création d'une annexe : Le plafond. C'est là que je vais coller vos créations.

[Un grand merci à mon amie Nefisa (encore elle !) qui a fait la décoration. Nef au lieu de supporter la yaya en Grèce, viens à Paris et deviens informaticienne. Tu es douée !]

Illustration : Wilmer Murillo

mercredi 22 octobre 2008

Blog et Vie Privée

[Contribution de Nefisa]


Il y a quelques temps déjà, Zoridae m'adressait un mail commençant par ces mots:

"Bonjour ordure,"

Cela montre qu'elle me connaît suffisamment pour savoir que je suis très à cheval sur l'utilisation d'une formule de politesse en début et en fin de correspondance.

D'ailleurs, avec la constance qui la caractérise, elle concluait le mail par :

"Bonsoir prout."

Preuve s'il en est qu'elle ne discerne pas si bien que ça les multiples facettes de ma personnalité. Je ne pète pas moi. Madame.

Le contenu de sa missive m'apprenait qu'à la suite du tri de milliers de candidatures et de longues délibérations, je faisais partie des heureux finalistes du grand concours : "Ecrivez sur le blog de Zoridae à sa place."
Je ne vous cache pas que je trouve ceci d'une flemmardise aberrante, mais comme c'est une copine, je n'ai pas refusé. J'aurais pu, quand on voit qu'en plus elle impose le sujet.

Blog et Vie Privée.

Me v'la bien lottie. J'aurais aimé avoir blog et immigration, blog et tronçonneuse (elle m'a aussi imposé ce mot là), ben non. Blog et vie privée! dans les dents.

Bon gré, mal gré je m'y suis collée.

Paraît que lorsqu'on écrit un texte argumentatif de ce genre on commence par une accroche, ça c'est fait, vient ensuite une présentation du sujet, ça aussi c'est bâclé, et enfin on définit les termes du sujet et on restreint à une problématique. Tiens, ça me rappelle la glose que je me farcissais en droit.

Un blog : ça ne se mange pas. C'est un enchevêtrement de pixels sur votre écran d'ordinateur, ça raconte des trucs avec des lettres, des images, du son. C'est issu des cerveaux d'un aréopage de représentants de l'espèce humaine et animale.

-- Aparté --

A propos de cette dernière phrase, d'aucuns s'étonneront, peu d'animaux en effet maîtrisent l'utilisation de l'Internet. Cependant, je n'exclue pas que certains chiens bloguent pour leur maîtres, ça expliquerait beaucoup de choses, comme les skyblogs par exemple, où des chiens battus se foutraient ouvertement de la gueule de leur maîtres en créant des blogs affligeants à leur noms. Et des koalas bloguent aussi, sinon comment justifier cette recrudescence de photos de marsupiaux mignons sur le net, c'est une conspiration koalesque ). Bon, on s'en fout en fait.

-- Fin de l'aparté --

Passons à vie privée. C'est tout ce qui n'est pas public. En fait, réfléchissons un peu : C'est tout ce que vous ne souhaitez pas voir rendu public. Conséquemment, dès l'instant où vous divulguez volontairement des informations sur vous (l'heure à laquelle vous allez au toilettes, votre dernière visite chez le vétérinaire, une photo de votre cellulite ) ces informations font partie de votre vie publique.
Je ne traiterais donc pas de la manière de gérer l'étalage de sa vie privée sur un blog, puisque je viens de démontrer que ça n'était pas le cas. (en fait il y a beaucoup à dire sur l'étalage de sa vie tout court sur le net et comment le gérer, mais ce n'est pas le sujet, vous pouvez aller lire là, ça couvre le sujet )
Il reste dans la problématique Blog et vie privée, la vie privée de ceux qui vous entourent. Par exemple si la Yaya apprenait le français et venait lire mon blog, je suis sûre qu'elle serait loin d'être ravie, elle me foutrait dehors à coup de balai et j'en serais réduite à dormir dans le poulailler et à tuer les chats pour me faire une couverture de leur fourrure. Et si un jour le fils de Zoridae lit le blog de son père, il risque de ne plus jamais oser sortir de peur de se faire lapider. Là encore il y aurait beaucoup à dire mais ça ne m'intéresse absolument pas de développer.

-- Aparté --

On comprendra maintenant aisément pourquoi je n'ai pas fait de longues études, vous me voyez sortir à mon directeur de thèse : Oui, bon, là sur l'évolution du marché des yaks au Turkménistan et son influence sur la courbe des prix du pétrole en Thaïlande, il y avait beaucoup à dire, mais j'ai eu la flemme alors j'ai mis une photo de koala à la place, c'est mignon." Non, sérieusement, ça ne se fait pas.

-- Fin de l' aparté --

Bon ce qui fait que je me retrouve avec rien. Je viens de vider de son sens la problématique blog et vie privée.
Peut être qu'en la retournant j'en extrairais une petite goutte. A tiens oui, ça fait vie privée et blog. Voilà qui nous fait voir les choses sous un autre angle.
Un carnetiste (ça vient d'entrer dans le dictionnaire, autant l'utiliser au moins une fois) a une vie à côté du blog, à moins d'être un nerd fini - pardon, un geek, parlons français. - qui passe sa vie devant son ordinateur à bouffer des chips et regarde des épisodes de Buffy et Xéna entre deux billets sur le dernier navigateur à la mode.
Le carnetiste a un partenaire, des parents, des gniards, un boulot, des loisirs et des rendez-vous chez l'oculiste. Oui ! au moins tout ça. D'ailleurs c'est une parade de blogowar, ça revient tout le temps, dès qu'on est à court d'argument : "j'ai une vie moi, je ne pense pas qu'au blog, vous êtes tous des décérébrés, je suis la meilleure ! point barre ! " (oui c'est un argument de filles surtout) .

Or blogger prends du temps, au moins si on engage pas des nègres comme le fait Zoridae, ou même Jegoun que je soupçonne de payer ses compagnons de débauche pour pondre des billets à sa place, c'est pas possible un tel débit.
Il faut avoir une idée de billet, trouver le ton, développer le contenu, trouver les vannes ou le mot juste qui fera continuer le lecteur (je parle de bloggeurs qui savent faire des phrases, pas de skybloggeurs entendons nous bien), il faut prendre soin de ses listes de liens, de la déco du blog, poser des commentaires chez les voisins, répondre aux siens, bloguer, (tiens, ils n'ont pas mis carnetiser dans le dictionnaire, que faut-il dire ? ) surveiller les statistiques et les classements pour savoir si on est célèbre et z'influent (quand on veut l'être, c'est pas obligé non plus, mais ça ajoute un peu de piment).
Bref, une activité chronophage comme on les aime. Or tout le monde ne tartine pas sa page au boulot, je vous assure ! On peut donc s'interroger sur la répartition du temps d 'ordinateur chez les couples. Et les petits désagréments inhérents à la tenue d'un blog :

"Chéri, j'ai envie de toi, maintenant, tout de suite sur la machine à laver !"
" Pas maintenant poulette, j'écris un super billet sur comment j'ai marché dans une crotte ce matin."
"Bon, Chéri, je te quitte."
" Oui, oui, attends, je réponds à un commentaire de bisounours43."

En plus du temps effectif passé à bloguer. Il y a le temps passé à en parler qui peut avoir des conséquences désastreuses sur la vie privée.

"Comment ça va aujourd'hui"
"Ben t'as pas lu mon blog?"
" Ton quoi ?"
"Mon blog, tu lis pas mon blog ? je te retire de mes contacts msn, @+"
"Je suis en face de toi, blaireau "

ou

" Ah tiens hier sur mon blog j'ai eu un troll, j'ai trouvé son IP, mais il en a changé avec Tor, j'ai envoyé un mail à mon hébergeur mais ils ne peuvent rien faire. "
"..."
"Je vais sûrement changer de plateforme et d'URL mais je n'arrive pas trouver comment exporter mes archives en FTP. "
" Bon , euh c'était sympa de te revoir, mais je crois que j'ai laissé mon hamster dans le micro ondes, à la prochaine"


Oui forcément, vous êtes dans votre petit monde, de quoi vite passer pour un taré nombriliste accroc au virtuel (demandez à ma sœur ) .

En plus de ces cafouillages sociaux, il y a le temps passé à penser à ce que vous allez écrire, et cette nouvelle vision du monde.

-- Aparté --

Pourquoi elle nous parle de pensée ? on s 'en fous, nous parlons de vie privée. Il se trouve qu'en ce qui me concerne, ce que je pense, mes opinions diverses et mes questionnements profonds, c'est ce que je définis comme ma vie privée, justement les choses que je ne mettrais pas facilement sur mon blog.

-- Fin de l'aparté --

"Oh un chat, je pourrais raconter sur mon blog qu'aujourd'hui j'ai vu un chat et oh tiens, la voisine et si je racontais que j'ai vu la voisine et oh la voisine tape le chat je pourrais dire que la voisine est une...oh un type aveugle je vais pouvoir sortir ma blague sur l'aveugle qui rentre dans un...."

Bref... tout de suite votre vision de la vie et la gestion de vos actions prennent un tour différent. On peut voir le côté positif de la chose : Si vous ne le faisiez pas avant, vous allez visiter des expos, aller au cinéma et voir des concerts pour ne pas passer pour un bulot devant votre lectorat. Désormais si vous voyez un type qui se noie, vous plongerez à son secours en pensant à comment vous allez tourner ça sur votre blog ce soir en soignant votre pneumonie. Sans blog, vous l'auriez regardé se noyer et au mieux vous auriez témoigné pour le journaliste stagiaire du canard local : "C'était horrible, il y avait de l'eau partout" rapporte Monsieur Nicolas J, 42 ans, témoin du drame.

J'avais lu il y a quelques années de ça, lors de la grande vague d'ouverture de blogs, qu'une telle activité modifiait le mode de fonctionnement du cerveau, comme si une case "blog" s'y inscrivait au détriment d'autres fonctions (il y a des gens qui ont payé pour faire une étude sur le cerveau des bloggeurs. rien que pour ça j'en étais restée sur le cul).
Traduction : bloguer vous fait penser différemment.
Re-traduction : maintenant pendant vos périodes de vacuité spirituelle, genre sur le trône au petit matin, dans le bus ou pendant une réunion chiante, vous ne pensez plus à ce qu'il va bien pouvoir se passer dans le prochain épisode de Sous le soleil, mais plutôt à ce que vous allez bien pouvoir raconter, et vous voilà à pondérer sur le sens de votre vie et ce que vous avez bien pu retirer de votre journée. C'est dire à quel point c'est dramatique, vous auriez pu gloser à l'infini sur la prise de poids de la présentatrice du journal TV à la place.

Que dire ? Vous vivez blog, parlez blog, mangez blog ? Avez vous besoin d'être enfermé ? Est-ce que comme l'alcoolisme ou la zoophilie votre obsession a des conséquences irréversibles sur votre vie privée ? C'était là le sujet, au cas où vous n'auriez pas encore pigé, mais je sais que tous les lecteurs de Zoridae sont beaux et intelligents, (me tapez pas dans les commentaires, je viens de vous faire des compliments, tudieu ! ) Bien sûr il faut savoir tenir votre langue en société, a moins qu'elle ne soit constituée que de blogueurs, votre tablée de restaurant se fout de vos statistiques comme de leur première cuite. En général, vos parents sont très fiers de votre blog et vos enfants s'en contrefichent, pendant que vous bloguez ils jouent sur la playstation au lieu de faire leur devoirs.

On fait quoi en conclusion déjà ? ah oui résumé, machinchose, ouverture. Et que personne ne me fasse remarquer que j'ai zappé le corps de la dissertation ou je mords.
Bloguer influe sur votre vie privée. Pourquoi ? parce que c'est une activité (ce qui veut dire que vous êtes actif pas passif et que vos petits neurones s'agitent lorsque vous bloguez). A tout prendre, je préfère passer trois heures devant mon ordi à déconner sur mon blog et ceux des autres, finir par rencontrer d'autres blogueurs, manger des épinards avec eux et enrichir ma vie de connaissances, de belles collaborations et des moments de pure marrade que de passer trois heures à faire de la cellulite sur mon canapé en matant le 20 heures de TF1 et Plus belle la vie.

Pour ceux qui ont sauté tout depuis le premier paragraphe je vais résumer en une phrase. Le blog n'est pas qu'une fenêtre ouverte sur votre jardin secret, c'est aussi une activité influent sur votre comportement général et votre manière de vivre et d'intéragir avec votre entourage. Pas forcément de manière négative d'ailleurs.

J'ai fait hors sujet. 2/20
Mes hommages.

mardi 21 octobre 2008

Ça n'arrive pas qu'aux autres !

Il y a trois mois il se moquait, parce que pendant quelque temps j'allais être plus vieille que lui ; c'est enfin son tour de prendre un an !

Profitez-en pour aller lire sa très belle série sur les vendanges.

Heureux anniversaire Bal !

lundi 20 octobre 2008

Journal de la création, page 28

Le Journal de la création de Nancy Huston est un livre dans lequel je me plonge régulièrement.

C'est étonnant d'ailleurs la façon dont ma lecture a changé entre la première fois où j'ai ouvert ce livre - je n'avais pas encore d'enfant, seulement, peut-être, le désir fluctuant d'en avoir - et aujourd'hui.

Il y a cinq ou six ans, les démêlés de Virginia Woolf, Sylvia Plath, Zelda Fitzgerald, femmes, mères, tiraillées entre le désir d'écrire, celui de s'affirmer face à un compagnon artiste et les limitations dues à leur condition de femmes dans une époque tyrannique pour elles, m'apparaissaient comme éminemment romanesques.

Puis, devenue mère d'un bébé qui ne dormait jamais, épuisée, exsangue, incapable de terminer une phrase correctement, de raisonner, d'envisager une vie qui ne soit pas animale, l'identification a fonctionné à plein régime. Bien loin d'avoir envie de le faire, je concevais ce qui avait conduit Sylvia Plath à glisser sa tête dans un four, Virginia Woolf a se laisser submerger par l’eau glacée de la Ouse.

Tout à l’heure j’ai pris ce livre de nouveau et je me suis demandée ce qui allait me frapper, me toucher plus cette fois. Dans le métro, déjà, j’ai relevé quelques lignes :

« Parfois, en bibliothèque, je pense aux millions de livres médiocres, aux gros tas de savoir périmé ou erroné qui ne feront plus jamais qu’accumuler de la poussière… Je pense aux millions d’épouses qui ont fait taire des millions d’enfants afin que les hommes puissent écrire ces livres-là (« Chut ! Papa travaille ! ») et je me dis qu’en fin de compte la véritable perte de temps était souvent l’écriture. N’aurait-il pas mieux valu pour tout le monde que ces hommes jouent avec leurs enfants ? »

[A lire : Leïloona évoque ici le dernier essai de Nancy Huston.]


Photo : Virginia Woolf par George Charles Beresford, en 1902

vendredi 17 octobre 2008

Quand tu seras grand...

Mon fils tu seras metteur en scène, réalisateur, ou bien acteur....

Ton cinéma sera novateur, unique mélange de scènes d'action et de répétitions en boucle d'une même péripétie.

Dans la salle de bain, une voiture violette vrombit le long de l'une de mes chevilles, rebondit sur mon genoux, dévale la pente de ma cuisse jusqu'au rebord blanc de la baignoire.

Soudain elle interrompt sa course :
"Le feu est rouge, lances-tu, hilare."

La voiture bleue que je poussais derrière la tienne, surprise, freine d'un coup et dérape. Perdant le contrôle, elle plonge dans l'eau après plusieurs tonneaux.

Je hurle : "Ah ! Au secours, au secours, je suis tombée dans l'eau !
- Attends, je te lance une corde, réponds-tu, essouflé."

Nous mimons l'action.

Ma voiture est enfin sauvée, tu t'écries : "Et si on roulait sur la montagne ? "

Nous voilà repartis sur mon pied gauche.

Tu me désignes l'endroit où je dois être. D'une voix ferme tu indiques ma position, précisément. Les roues arrière doivent se poser sur l'os scaphoïde, les roues avant effleurer l'astragale. Il faut attendre le top du départ et respecter la vitesse qui te convient. Sévère, tu détailles mes mouvements. Puis, tu décides de me laisser aller et tu t'avances à mes côtés. Le jeu peut commencer mais à la moindre incartade je sais que tu te fâcheras.

Pour te proposer un autre scénario, je dois ruser. Simuler l'étourderie. Si l'idée te plaît, tu te l'approprieras, et dix fois, vingt fois, nous répéterons la nouvelle scène.

Je ne me lasse pas de te contempler. Ta peau est douce au seul regard. Un halo de cheveux fins nimbe ton grand front. Dans tes yeux d'eau triste nagent des éclats dorés sur lesquels tu rabats, coquin, tes longs cils blonds dès que mon regard t'importune.

Je t'imagine fendre une foule médusée ; coiffé d'un Borsalino, pâle, tu souriras, saluant d'un geste de la main des femmes apoplectiques, des hommes éperdus et des enfants en larmes tandis que sur un écran géant, des extraits des films dans lesquels tu auras joué, passeront : sur tous, on verra, en gros plan, ton visage parfait, d'une beauté magnifique.

Pour toi, le cinéma expressionniste sera redevenu à la mode. Des films se bâtiront sur le mouvement de tes lèvres lorsqu'elles s'étirent pour un sourire, lorsqu'elles se froncent en une moue. Sur le pli au-dessus de ton nez dans la colère. La joie qui allume tes pupilles, le soir, quand tu m'accueilles à la porte.

Je supporterai difficilement les hordes de groupies qui t'attendront chaque soir devant la maison.
A coups de balai, je devrai les chasser des alentours des poubelles où elles chercheront les cheveux retirés de ta brosse, tes rasoirs et même tes rognures d'ongles.

De temps en temps tu partiras, à l'autre bout de la terre, pour des projets que je ne comprendrai pas. Le soir, je t'appellerai. Tu n'entendras rien au début, parce que je passerai quelques minutes à chercher le bouton du haut-parleur. Enfin, je serinerai ma liste de questions angoissées, de recommandations hystériques, de déclarations d'amour : "Tu as bien mangé mon cœur ? L'hôtel est confortable ? Les gens te traitent bien. Tu as besoin de quelque chose ? Tu veux que je vienne ? Dis-moi, hein, si tu veux que Maman vienne ! Maman et Papa seront toujours là pour toi, mon chéri ! "

Collé contre moi, B. ton père posera ses propres questions en même temps et tu finiras par raccrocher, épuisé et content. Juste avant la tonalité, d'une voix redevenue aigüe sous le coup de l'émotion, tu auras quand même avoué : Je t'aime Maman. Je t'aime très fort. Je t'aime Papa. Je vous aime tous les deux très fort."

Alors, le soir durant, nous ressasserons les nouvelles que tu nous auras données. L'un de nous commencera une phrase, l'autre la terminera et nous en arriverons à répéter dix fois, vingt fois la conversation tenue avec toi durant quelques minutes, experts dans l'art d'imiter la moindre de tes inflexions. Sur les murs, ton visage à tous les âges nous contemplera, pensif, joyeux ou bien espiègle.