lundi 23 mars 2009

Le sport

Nous l'avons entendu dès notre entrée dans le parc. Tendant les bras dans le vide, le visage tordu de chagrin au milieu des coureurs, il appelait : "Maman ! Maman !"
Il devait avoir deux ans et demi, trois ans et portait un anorak rouge.
Excédé, son père lui lançait : "Elle va revenir, Maman. Viens là maintenant, ça suffit !"

J'ai trouvé le regard du père curieusement glacial ou plutôt, bouillant de rage, mais parfois, ai-je pensé, les enfant peuvent être si fatigants !

Nous avons rapidement détourné les yeux de la bouille enchifrenée ; Kéké me parlait et Marie-Georges nous appelait, assise au soleil un peu plus loin.

Toutes deux avions à peine commencé nos petites foulées que j'ai reconnu l'enfant dans son anorak rouge, en pleine crise de nerfs au bord du lac. Il se jetait en arrière, menaçant à chaque instant, de rouler jusqu'à l'eau. Il hurlait arrête, arrête ! au moindre geste, au moindre mot. Des femmes s'étaient attroupées à distance, perplexes, et nous les avons rejointes.
L'une d'elle, scandalisée, racontait : "En fait, sa mère court. Elle a un manteau vert. Elle le tirait par la main pour qu'il court avec elle mais il n'en pouvait plus, il était fatigué. Alors elle l'a laissé là. Tout à l'heure elle est passée et il a supplié "porte-moi, porte moi !". Elle a continué de courir sans s'arrêter. Elle va sans doute bientôt repasser par là, elle a un manteau vert.
- Mais, et le père ? ai-je demandé. Tout à l'heure il était avec son père..." J'ai scruté les environs sans apercevoir la haute silhouette au front courroucé. Le petit garçon était seul, dans un parc bondé, à un mètre d'un lac...

Enfin, une jeune femme a osé s'approcher de lui. Ignorant ses cris de protestation, elle a essuyé ses larmes du bout des doigts. Nous sommes reparties alors qu'il retrouvait son souffle et se laissait apaiser par les paroles compatissantes qu'elle lui murmurait.

Nous avons croisé toute la famille bien plus tard. La mère dans son manteau vert, le père regardant au loin et l'enfant calmé. Aucun d'entre eux ne souriait. Ils s'apprêtaient à quitter le parc pour poursuivre leur dimanche...

Illustration : Art&Ghosts

17 commentaires:

Aude a dit…

Pauvre môme.

Le vieux pull a dit…

Quelle horreur ! Certains devraient faire des efforts autres que physiques le dimanche...

Nicolas a dit…

Je commente pas les billets qui parlent de sport.

Zoridae a dit…

Aude,

Oui !

Le vieux pull,

Bien vu !

Nicolas,

Tu n'as pas l'esprit sportif !

Tifenn a dit…

Terrible..j'en ai froid dans le dos.

Le petit monde d'Archie a dit…

Compliqué tout ça. Parce que la vérité n'est pas toujours facile à comprendre avec les yeux d'autrui.

Evidemment, il y a le danger. le danger du lac, je veux dire. Evidemment,il y a le sentiment d'abandon du gamin de deux ans et demi.
Et puis, il y a tout le reste : ce qu'on entend pas, ce qui a peut-être déjà été dit des dizaines de fois entre le père et la mère ... et qu'on ne sait pas.
Alors arrive un jour le drame. Et ce n'est plus le moment de juger (ça n'est d'ailleurs pas souvent le moment de juger!)il est trop tard et tout le monde se demande comment on en est arrivé là ...

Pour vivre malheureusement ça souvent, bien trop souvent ces vingt-neuf dernières années (d'écoles de ZEP) je sais que la misère ne s'attaque pas qu'aux richesses, mais aussi aux sentiments, et c'est là le pire ...

Gaël a dit…

d'accord avec Nicolas le sport c'est d'la merde !

:)

<3

ysa a dit…

Ca c'est encore un truc que je ne comprends pas.... comment peut-on laisser son petit dans un endroit qui n'est pas sécurisé et partir courir tranquillement comme si de rien n'était.... le gamin pourrait tomber à l'eau, se faire embarquer ou autre chose....
Une mère peut-elle être insensible au chagrin de son enfant ? et le père la dedans.... aussi con que la mère !!!

Zoridae a dit…

Tifenn,

:(

Le petit monde d'Archie,

Compliqué oui et non... J'ai failli répondre que je ne jugeais pas car en général j'essaye de ne pas tirer de conclusions hâtives. Mais en fait ce serait mentir... Il peut y avoir des tas de raisons pour que la mère ait tellement besoin de courir qu'elle le confie à son père. Il peut y avoir des raisons pour que le père impuissant ou enragé par le désespoir de son fils le rende à sa mère. Mais pour que les deux préfèrent le laisser seul plutôt que de renoncer à leur sentiment de liberté... Non, cela je trouve ça ignoble...

Tu parles de misère. Des sentiments peut-être. Sinon, le couple se présentait comme un joli couple bobo.

Gaël,

Aïe, ton clip fait mal aux yeux ! Mais c'est drôle...

Marie-Georges, si tu passes par là, ne le manque pas !

Zoridae a dit…

Ysa,

On s'est croisées... Mais on est d'accord !

Le petit monde d'Archie a dit…

Couple bobo ou rmiste, ce n'est certes pas la même misère, et n'attire pas notre compassion de la même façon, mais je t'assure que je reçois dans mon bureau en moyenne chaque quinzaine, des parents d'enfants de 3 à 10 ans et que je me pose souvent cette question : Comment on peut faire ça ? (comment on peut laisser le gosse apporter un couteau pointu à l'école, comment on peut le laisser partir sans chaussettes au mois de janvier, comment on peut "oublier" de venir le chercher -jusqu'à 45mn- alors qu'il n'a que 3 ans, comment on peut le laisser "jouer" dehors dans la rue jusque minuit et demi, etc...) Ces gens là ne sont pas tous des miséreux, au sens économique du terme. Mais la misère se glisse aussi ailleurs. Dans cette perdition de repères, de simple bon sens , voire d'absence d'amour et de protection ...

charlemagnet a dit…

elle est terrible cette histoire... un petit enfant abandonné pendant que ses parents sportent... et en manteau vert... j'imagine l'aisance des foulées...
heureusement que le triste sire haulme ne passait pas dans le coin...

Loïs de Murphy a dit…

Ce petit ne se fera pas arracher de leurs bras le jour de son rapt apparemment

Christie a dit…

Je me mets à la place de l'enfant et...
S'en souviendra t'il plus tard?

Est-ce juste la seule fois ou bien est-ce régulier?

Sommes-nous toujours au fait du désir de nos enfants?

En même temps nos vies d'enfant sont souvent très dures.
Il suffit d'un rien et il suffit de tout..
Dans mon travail d'animatrice, j'ai souvent été confrontée à des situations semblables.

Je me souviens d'une petite fille de 2ans et demi, attendant sa maman jusqu'à 19h30 un soir...J'étais seule avec elle, tout le monde était parti sauf les femmes de ménage.

La mère est arrivée en courant, elle vivait seule, travaillait comme assistante sociale, avait été retenue dans les bouchons et n'avait pu contacter personne pour venir chercher sa petite.

Et le pire, m'a t'on dit est que c'était très fréquent, trop fréquent..
A 2 ans et demi, une petite fille devrait être chez elle depuis longtemps à 19h30..
Et d'autres histoires, il y en a tellement comme le souligne "le petit monde d'Archie".

Chr. Borhen a dit…

On préfère les jardins aux parcs.

pagesapages a dit…

bouh...
Le genre de violence anodine qui n'est pas (toujours) visible à l'oeil nu...
Dans un autre style et dans la série témoignage perso, j'ai déjà entendu un "ta g..." à une sortie d'école en direction d'un bébé d'à peu près huit mois. (mais là, c'était pas une maman bobo... c'était peut-être même pas une maman d'ailleurs, même si c'était noté sur l'état civil)

Mr SuperOlive a dit…

Je suis d'accord avec Charlemagnet, le danger eût été qu'un barjot guigne la scène et s'en prenne au petit abndonné...