vendredi 22 août 2008

Changement de sexe - Le texte de M.-

[M. n'a pas de blog, je publie donc son texte ici... ]

Je souffre. Je souffre d’exister. Ou plutôt, je souffre d’exister dans un corps qui n’est pas le mien. Ce sexe me gêne, il n’est pas conforme à celui que je voudrais. Je devrais être autre. Je souhaite que ces attributs qui sont sensés me définir arrêtent de me dénaturer l’âme, ne me pèsent plus, qu’ils soient autre pour me définir vraiment.

Je me promène dans la rue, dans des vêtements qui me font mal. J’ai essayé plusieurs fois de paraître à l’extérieur qui je suis à l’intérieur mais chaque fois, je n’ai vu dans le miroir qu’une pâle imitation, un grotesque, une satire de qui je suis parce que justement je lui ressemble encore trop. Cet autre moi que j’abhorre, ses traits me déforment, ils représentent trop fidèlement ce genre qui n’est pas le mien.

Aujourd’hui, une femme doit ressembler à une femme, un homme à un homme, sinon on vous regarde de travers. L’androgynie est sacrilège, est malaise. Cet antagonisme était trop visible lorsque que je portais les attributs qui me plaisent.

Alors, je me cache. Je porte ce poids et la solitude qui l’accompagne. Je fais semblant, en sur-jouant mon rôle, pour avoir la certitude de ne pas attirer l’attention sur mon secret. On me demande toujours pourquoi je suis toujours célibataire alors que l’on m’envie souvent pour mon physique. Le problème c’est que je n’ai pas trouvé d’hétéro de mon sexe qui soit capable d’aimer l’intérieur et de dépasser l’enveloppe.

Je souhaite tant que la vie soit belle pour moi aussi, qu’enfin je m’épanouisse au grand jour.

Illustration : John Goudie Lynch

10 commentaires:

Marc a dit…

On Continue les bonnes habitudes. Texte particulièrement troublent et originale.

Zoridae a dit…

Marc,

Merci pour M. !

Marie-Georges Profonde a dit…

Enfin un texte qui soulève un vrai problème ! Nous avons beaucoup joué avec l'homme-homme pris dans un corps de femme-femme et inversement. Mais la réalité est plus subtile. Ton texte le fait bien ressentir. Merci à toi M. !

M. a dit…

Après on va croire que c'est moi !
Non, je n'ai pas écrit ce texte !

Zoridae a dit…

Ah bon ? Mais je croyais que c'était toi !

M. a dit…

ils me tuent ces deux, ils me tuent !
Depuis qu'ils sont rentrés de vacances ils me passionnent avec leurs billets littéraires, je ne peux pas commenter car j' aimerais mettre des tartines d'éloges mais il n' y a pas assez de place chez l'un ou chez l'autre !
Et je persiste j'ai pô écrit ce texte, il est d'une M. mais laquelle ???
Mais oui, je vous adoreuh M. la meuh du sud !

Marie-Georges Profonde a dit…

Bin ça alors !

Audine a dit…

Ben en fait, je crois que je n'ai pas bien compris !
Je ne comprends pas ce que ça veut dire : "L’androgynie est sacrilège, est malaise. Cet antagonisme était trop visible lorsque que je portais les attributs qui me plaisent."
J'ai l'impression que c'est totalement contradictoire.
Probablement que c'est trop abstrait pour moi ?
(qui renvoie quoi comme image, et la définition de l'androgynie n'est elle pas justement d'être ni l'un ni l'autre ou encore les deux ? donc comment peut on renvoyer une image et que ce soit gênant ? Quel est le désir exact dans tout ça ? et Dieu dans tout ç ... heu non pardon).

Dorham a dit…

D'accord avec Audine...Ou alors, c'est juste un problème de choix sémantique.

Et on aborderait la question de la volonté de ne pas disposer du bon sexe. C'est plus profond que l'androgynie, là, qui est de plus une question d'apparence. Non ?

Bref, je trouve ça assez lapidaire pour une question qui demande à déterrer des cadavres. (parfois, il est nécessaire d'être long)

Caphi a dit…

Bonjour,

Votre blog est intéressant.

Merci aussi pour vos articles sur la problématique "Trans".

Comme vous le savez - mais que beaucoup de médias préfèrent ignorer ou traiter "par dessus la jambe" - les transsexuel(le) sont encore considéré(e)s comme des citoyen(e)s de "seconde zone", assimilé(e)s trop souvent à la prostitution.

"Psychiatrisé(e)s" aussi car encore considéré(e)s, tel(le)s que l'étaient les homosexuel(le)s il y a encore quelques années, comme des "malades mentaux" (en raison du manque d'études sérieuses sur le transsexualisme).

Incompris(e)s du fait de l'ignorance du grand public et surtout victimes de ségrégations passives ou actives en raison des discriminations - voire pire des violences qu’elles-ils subissent quotidiennement -, j'ai donc créé un nouveau blog d'INFORMATION consacré à la TRANSIDENTITE (appelée improprement transsexualité) :

http://caphi.over-blog.fr
(plus de 58 000 pages lues depuis juillet 2007)

Cordialement
caphi, journaliste trans MtF (male to female)