mardi 26 février 2008

Mon œuf

Chaque jour j'en explorais une partie.


Il me fallait de plus en plus de temps pour me tourner d'un côté ou de l'autre aussi laissais-je les heures s'écouler, traversé par les ombres qui nous entouraient. Je n'éprouvais aucune angoisse ; mon regard se perdait sur la paroi translucide et mes rêves se confondaient avec la réalité, pâles et presque immobiles. Parfois j'entendais des craquements autour de moi et je devinais que d'autres avaient eu plus de curiosité. Me ressemblaient-ils et qu'allaient-ils faire étaient des questions qui me traversaient l'esprit mais dès q
ue le silence revenait je reprenais le cours de mon existence ; je les oubliais en suçant le liquide doré dans lequel je baignais.
Une partie de mon œuf me plaisait particulièrement. La coquille y semblait moins lisse et ma joue s'y frottant, je sentais distinctement une aspérité, comme une petite rayure qui changeait de forme chaque fois que je l'explorais.
Mes pattes se couvraient d'une peau rugueuse. Sur mon dos des écailles s'agglutinaient et lorsque j'essayais d'imaginer à quoi je pouvais ressembler, je tremblais de bonheur : j'étais persuadé d'être beau. Mais ce qui était plus beau que tout, à mon avis, c'était mon œuf.

Une nuit pourtant je dus le quitter. Mes frères avaient décidé de sortir et les mouvements qu'ils firent pour émerger du nid, combiné à mes efforts pour me redresser brisèrent des fragments de mon œuf. Eperdu, je cherchai à me nicher contre le côté que j'aimais bien et j'y appuyais ma tête en fermant les yeux mais aussitôt un autre morceau de coquille se détacha et tomba. J'entrepris à mon tour d'escalader les débris de mon œuf. Je ne me retournai pas car je savais qu'il n'était plus désormais qu'une idée, un souvenir et que jamais je ne cesserai de chercher la quiétude parfaite que j'avais ressentie en son sein.

Le chemin jusqu'à l'eau fut un calvaire. Certains de mes comparses furent dévorés par des crabes. Un chien partit en courant, tenant dans sa gueule deux tortues décapitées. J'avançai d'abord dans la mauvaise direction
car le tumulte du carnage couvrait le bruit des vagues et me retrouvai au pied d'un palmier qui semblait recouvert d'écailles.
Immense, il tenait dans ses branches les étoiles et j'étais si petit.
Je m'affalai sur une racine qui obstruait mon chemin. J'étais perdu et résolu à mourir. Je levais les yeux. Mon cou endolori s'étira et je vis au delà du palmier, dans le ciel, un globe blanc, brillant et rond qui scintillait. Je fis quelques pas pour mieux le contempler : dans ses rayons, les vagues remuaient, à quelques centimètres de moi.

[Le concours des tortues de mer :
Déjà 6 participants :
http://marc.vasseur.over-blog.com/article-17050645.html
http://balmeyer.blogspot.com/2008/02/les-tortues-de-mer.h... http://jegper.blogspot.com/2008/02/tortues-de-mer.html http://extra-ball.blogspot.com/2008/02/turtles-contest.html http://detoutetderiensurtoutderiendailleurs.blogspot.com/...
http://fanette316.blogspot.com/2008/02/les-tortueuses-de-... (qui rabâche : http://gaislurons.blogspot.com/2008/02/les-tortueuses-de-...)]

13 commentaires:

marc a dit…

heuu... et tu m'étais en doute ton inspiration :-)

Gaël a dit…

c'est bôôô !

hé ben tu vois que toi aussi tu as réussi à trouver prétexte à faire un peu de gore...

balmeyer a dit…

C'est superbe !!

Dorham a dit…

Les reflets dans l'astre lunaire. J'étais persuadé que tu ferais la naissance à partir de l'oeuf. Toi seule pouvait avoir ces mots là, pour exprimer la chaleur, puis le froid, la sécurité puis l'angoisse...la naissance, la vie, puis la mort...

Nous, nous ne sommes que des pitres. Moi, je te donne la palme...

balmeyer a dit…

+1

Zoridae a dit…

Marc,

J'ai un peu changé mon idée de départ... ;))

Gaël,

Merci :)
Oui on ne peut pas s'en empêcher, ces pauvres tortues ont le plus souvent un destin macabre. Après avoir lu quelques pages sur Wikipedia et autres il était impossible que j'écrive un truc fleur bleue...

Balmeyer,

Merci :))

Dorham,

Rhhhho !
Tu me combles, merci.
Juste une question : tu as compris que ma tortue mourrait à la fin ?

Balmeyer,

Je te dois tout, l'idée est partie de chez toi...

Dorham a dit…

Quand je dis "la naissance, la vie, puis la mort", c'est qu'on sent la mort partout, mais ton texte est plus flou quand même. On ne sait pas trop.

Elle meurt à la fin ?

Zoridae a dit…

Dorham,

Tu me rassures. En fait mon compagnon avait cru qu'elle mourrait. D'où ma question.

Pour moi elle part et s'éloigne dans l'immensité de la mer...

balmeyer a dit…

Ya quand même une légère ambiguïté à la fin ! Dans certains blogs, quand tu vois une grande lumière au bout d'un tunnel, c'est le signe que t'arrives à Palavas-Les-Flots en train, dans d'autres, c'est que tu meurs... :o))

Zoridae a dit…

Oui je me suis rendue compte de l'ambiguité de la fin qu'après.

J'adore quand l'écriture nous donne ce genre de surprise, on croit dire quelque chose de très clair et puis des lecteurs voient complètement autre chose.

Mais parfois on se pose des questions. Un jour dans une nouvelle j'avais raconté la première expérience sexuelle d'une jeune fille. J'avais essayé de faire un récit en demi-teinte. La jeune fille était heureuse mais je ne le précisais pas. Tout le monde a compris que la jeune fille se faisait plus ou moins violer. Et a trouvé que mon texte était hyper noir...

Tifenn a dit…

J'adore. Je vais venir m'inspirer ici je pense. J'ai besoin d'aide et tu sais y faire!

Zoridae a dit…

Tifenn,

Super, je suis enchantée !
Oui je sais pas ce qui me prend en ce moment j'organise des jeux... Et ça marche, c'est super agréable :)))

http:/:dalmazzo.canalblog.com a dit…

formidable