Jean-Baptiste del Amo, brillant jeune auteur publié en septembre 2008 a bien voulu répondre à un petit questionnaire... C'est mon dernier billet pour l'Express :
http://www.lexpress.fr/culture/livre/jean-baptiste-del-amo-l-ecriture-doit-etre-un-mouvement-egoiste_730560.html
Affichage des articles dont le libellé est Jean-Baptiste del Amo. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jean-Baptiste del Amo. Afficher tous les articles
vendredi 9 janvier 2009
Un dernier pour la route
Libellés :
Jean-Baptiste del Amo,
l'Express,
note de service
jeudi 8 janvier 2009
Une Odyssée
En décembre, j'ai été invitée par l'Express.fr à collaborer, en tant que blogueuse au numéro 3001 de l'édition Web. Le projet était de confronter le regard de blogueurs et de journalistes sur des sujets d'actualité et il m'a paru, bien sûr, très excitant et très impressionnant.Stupéfaite, j'ai bientôt découvert la liste des autres blogueurs conviés et je me suis demandée pourquoi j'avais été choisie : en effet, au milieu des noms habituels, quelques blogueurs spécialisés, certains dans des domaines très pointus, et surtout beaucoup de blogueurs qui analysent l'actualité avec une plume très professionnelle. Que venais-je faire là-dedans avec mes histoires de Kéké, mes chroniques de professeur de chant, mes sombres humeurs ?
A la première conférence de rédaction mes questions n'ont pas obtenu de réponses puisque je n'ai pas osé les poser. Dans une ambiance très sérieuse, quelques blogueurs ont pris le micro pour proposer des traitements de sujets très journalistiques. Pendant ce temps sur un grand écran défilaient "l'actualité froide" du mois de janvier "Oh ! Rentrée littéraire, ai-je vu. Olivier Adam. Anniversaire d'Elvis." Et j'ai commencé à imaginer deux, trois choses que je pourrais faire.
Seulement, j'ai été incapable, par timidité, de saisir le micro pour énoncer mes idées. J'ai attendu la fin de la conférence pour alpaguer deux jeunes femmes, qui s'étaient présentées comme tenant des blogs littéraires puis Eric Mettout, rédacteur en chef, agréable, mais, semble-t-il, moins intéressé par les sujets littéraires. De son côté, Anne-Laure Pham, journaliste responsable de la rubrique Styles, me disait qu'elle avait lu mon blog et qu'elle me voyait bien écrire un article beauté ou mode. Perplexe, j'ai acquiescé.
Pendant les vacances, avec Kéké malade, ma mère ou mes beaux-parents près de nous, j'ai peu travaillé mais j'ai peaufiné mes projets : j'écrirai un billet assez personnel sur Elvis, un billet sur les parfums Le Labo, créés par un de mes élèves, j'essayerai de contacter Olivier Adam et de l'interviewer pour faire un billet à l'occasion de la sortie de son nouveau livre ; je chroniquerai aussi le roman de Georges Flipo qu'il avait eu la gentillesse de me faire parvenir, dédicacé, avant sa sortie en librairie ; et j'espérais pouvoir parler aussi Jean-Baptiste del Amo dont j'avais adoré le roman, paru en aout 2008 en faisant, par exemple, un retour sur sa première rentrée littéraire, son succès immédiat et son roman en cours d'écriture.
J'ai commencé à envoyer des mails, des messages sur facebook et j'ai vite reçu des réponses. Georges Flipo était enthousiaste et très modeste. Jean-Baptiste del Amo, adorable, n'était toutefois pas emballé par l'angle choisi pour parler de lui. Il n'avait pas envie de ressasser le Goncourt qu'il avait été à deux doigts d'avoir, et les autres étapes de son succès. Il ne souhaitait pas, non plus, parler de ce qu'il écrivait en ce moment. Après quelques échanges, il a fini par me dire qu'il ne souhaitait plus collaborer à mon article. Déçue mais têtue, je lui ai écrit une dernière fois. J'ai proposé autre chose et, il y a quelques jours, il a fini par me dire qu'il accepterait de répondre à un petit questionnaire sur sa façon d'écrire. Cela m'a donné des ailes.
Pendant ce temps, malade à mon tour, j'ai fini d'écrire le billet sur Elvis. J'échangeais par mail avec Georges Flipo, sans savoir comment j'allais présenter son livre. J'attendais, en vain, une réponse d'Olivier Adam. J'entamais la lecture de son roman, Des vents contraires, offert par l'Express. J'allais Chez Colette pour qu'Eddie me fasse sentir ses parfums délicieux et m'explique pourquoi il avait décidé de devenir créateur de parfums de luxe.
Ces derniers jours le tempo s'est accéléré. Après une grippe intestinale je me trouve grippée tout court et, fiévreuse, la tête serrée dans un étau, je ne décolle quasiment pas de mon ordinateur...
L'article sur Elvis devrait paraître bientôt. Celui sur Georges Flipo est en ligne. Jean-Baptiste del Amo m'a envoyé ses réponses. Et j'ai rendez-vous chez le médecin. Demain je serai en immersion à l'Express une partie de la journée. Il faut que j'aie bouclé les 3 autres billets d'ici là...
Vous trouverez tous les autres articles de blogueurs invités là.
Bonne lecture !
Libellés :
Jean-Baptiste del Amo,
l'Express,
note de service
lundi 22 septembre 2008
Par la fenêtre, une nuit
D'abord, ils sont seulement deux. L'un, avachi, s'est installé sur une palette appuyée contre un mur, le ventre blanc et flasque comme les rognons de moutons entrevus au supermarché, luisants dans leur gangue de graisse. Ses deux jambes sont si larges et massives qu'il me semble que ses mains reposent plutôt sur les têtes de deux enfants de même taille, plantés, colonnes inachevées , grotesques, sordides dans le trottoir bosselé. La nonchalance de l'homme s'accorde mal avec sa voix, théâtrale, déformée par le mauvais alcool ; les syllabes se chevauchent, se percutent, s'amoncellent au bord de ses lèvres violettes et, de temps en temps, furieux de son impuissance, dégouté de lui-même, il racle sa gorge enkystée, secoue sa langue gonflée et chasse quelques glaires flavescentes, misérables comètes qui s'écrasent au sol sans fracas.De l'autre, qui me tourne le dos, je ne vois qu'une nuque, grêlée de boutons, parsemée de poils noirs soutenant mal une tête qui dodeline. Vêtu d'un pantalon de survêtement informe, il vacille, secoué parfois d'un rire bête, empêtré dans ses miasmes, et s'écrase contre les jambes du premier où, pendant quelques instants, saisi d'une concupiscence de soûlard, il frotte son entrejambe maculée d'urine.
Soudain quatre hommes arrivent. Ils viennent de la route, où ils marchaient depuis le bar, roulant des épaules, le verbe haut, la mâchoire relâchée, semant dans leur sillage qui, une gerbe de salive, qui un tas de vomi. Leurs visages, comme des masques, pendouillent de leur crâne débile : les yeux jaillissent de leurs orbites, les lèvres bavent sur la poitrine, étalant les muqueuses d'une bouche immonde ; pleins de joues, variqueuses, surmontés d'un nez couverts de pustules, de papules, couperosé, ils ouvrent les bras, se tapent sur les genoux, fiers comme des coqs, persuadés d'être les rois de cette nuit de fête.
Le dernier, silencieux marche le cul en arrière, comme s'il essayait de retenir des fèces que ses intestins ravagés expulsent sans arrêt. Des coulures chaudes le long de ses jambes grêles lui arrachent des sourires, calmant le temps de leur chute, le tiraillement des plaies que celles de la veille ont creusé. Impotent, il quémande les regards de ses comparses ; passant sans cesse du statut de chien à celui d'homme, il se laisse cajoler, rouer de coup ou ignorer, dans l'attente de sa prochaine dose.
Les deux groupes se percutent. La clameur des discours laisse place au marmonnement des insultes. On se toise, on s'évalue. Soudain on se reconnaît. Une bouteille surgit d'une manche, une autre d'une poche, on trinque si fort que du vin s'échappe du goulot. Le drogué va s'asseoir sur un muret de pierre. Il procède précautionneusement au début, effarouché à l'idée de baigner dans sa propre merde. Mais lorsque le mastodonte aux cuisses de géants lui tend le crack, il oublie ses inquiétudes, sort son briquet et son stylo. On se tait et on l'observe tandis qu'il chauffe la roche. Enfin, on rit de sa béatitude : ça fait quelque chose de voir quelqu'un d'heureux !
Libellés :
Château-Rouge,
Insomnies,
Jean-Baptiste del Amo,
sous influence
jeudi 18 septembre 2008
Château-Rouge
Dès le réveil, les boules Quiès ôtées, une cohorte de mille bruits martèle les fenêtres, embrasse les murs lépreux, laissant des empreintes flavescentes. La voisine, jeune éléphante, aux éternuements démoniaques, arrose de morve son parquet, puis le laboure d'un pas martial. Un camion souffle, couine et pète, avant de s'affaisser sur ses essieux, ses portes brassent l'air matutinal, s'écrasent sur ses flancs imbibés d'une rosée crasseuse. Enfin, il vomit des palettes de nourriture que des débardeurs serrent contre leurs torses, déjà fétides, et trainent sur des chariots aux roues métalliques.
Soudain, l'enfant pleure. C'est un long cri qui se termine par un hoquet car ses yeux ont embrassé la falote lumière du jour et il a deviné que c'était un jour d'école. Alors se succèdent claquements de baisers, reniflements, supplications, cris, promesses, cavalcades, petit-déjeuner et nous nous retrouvons dehors, pantelants, les joues tartinés de larmes, de dentifrice, de mucus, hagards, effrayés. L'air, glacial, est imprégné de l'odeur chimique de la dératisation trimestrielle.
Devant la porte de l'immeuble, un homme aboie dans son téléphone. Au feu, des automobilistes oublient leur paume sur leur klaxon. Puis ils abaissent leur vitre afin de scander, postillonnant d'une salive putride, des insultes d'où émerge le mot "foutre", des sons en "ard" et "asse" à la saveur minimaliste. Au dessus de la piste cyclable, on installe un échafaudage. Des poutres d'acier sont hissées à notre passage, les ouvriers crient, ils enchâssent des échelles, des grilles, hissent des chaînes qui rebondissent contre les murs, sinistre cacophonie.
A Château-Rouge, elles sont déjà là, ceintes de tissus aux couleurs ardentes, enturbannées, une main sur leur chariot, l'autre soutenant parfois les fesses de l'enfant suspendu dans leur dos. Elle mâchonnent les céréales à vendre, crachent des grains en même temps qu'elles sifflent : "maïs, maïs". De temps en temps, elles trouvent un acheteur et, lâchant le trognon à moitié rogné, elles hurlent des mots aux consonnes roulantes, le visage hilare, d'une voix colérique. Puis, calmes, hautes, elles regardent la gueule brenneuse du métro avaler leurs clients.
Elles resteront là jusqu'à l'heure de la dernière rame, s'asseyant quelques minutes à peine, le temps de fourrer un sein entre les gencives enflées de leur nourrisson.
Plus loin, un homme semble faire la circulation au milieu des bicyclettes. Ses sourcils se soulèvent lorsqu'on l'apostrophe et, d'entre deux lèvres gercées, file un glaviot filandreux qui s'écrase sur la nuque du coupable. Alors, il modifie la position de ses bras, lève le droit, abaisse le gauche comme préposé grotesque à la circulation.
Dans une cabine de toilettes publiques, une femme se glisse, sac à main au bout du bras, élégante avec sa veste au col de fourrure. Au fond, collés contre les parois de plastique, deux hommes au faciès terrible attendent de se livrer avec elle à quelque commerce.
Nous pressons le pas, nous sommes en retard...
Mes pensées, mon écriture sont toutes imprégnées du livre que je lis. Dans la description du Paris sordide de la fin du dix-huitième siècle, c'est presque le mien que je retrouve, aux odeurs nauséabondes, à la crasse étale, foulé aux pieds d'habitants hagards. C'est un premier roman, une des plus belles œuvres que j'ai jamais lues : Une éducation libertine de Jean-Baptiste del Amo.
[Edit du 20 septembre : ce texte a donné envie à Marie-Georges Profonde de décrire son Paris quotidien : c'est là !]
Soudain, l'enfant pleure. C'est un long cri qui se termine par un hoquet car ses yeux ont embrassé la falote lumière du jour et il a deviné que c'était un jour d'école. Alors se succèdent claquements de baisers, reniflements, supplications, cris, promesses, cavalcades, petit-déjeuner et nous nous retrouvons dehors, pantelants, les joues tartinés de larmes, de dentifrice, de mucus, hagards, effrayés. L'air, glacial, est imprégné de l'odeur chimique de la dératisation trimestrielle.
Devant la porte de l'immeuble, un homme aboie dans son téléphone. Au feu, des automobilistes oublient leur paume sur leur klaxon. Puis ils abaissent leur vitre afin de scander, postillonnant d'une salive putride, des insultes d'où émerge le mot "foutre", des sons en "ard" et "asse" à la saveur minimaliste. Au dessus de la piste cyclable, on installe un échafaudage. Des poutres d'acier sont hissées à notre passage, les ouvriers crient, ils enchâssent des échelles, des grilles, hissent des chaînes qui rebondissent contre les murs, sinistre cacophonie.
A Château-Rouge, elles sont déjà là, ceintes de tissus aux couleurs ardentes, enturbannées, une main sur leur chariot, l'autre soutenant parfois les fesses de l'enfant suspendu dans leur dos. Elle mâchonnent les céréales à vendre, crachent des grains en même temps qu'elles sifflent : "maïs, maïs". De temps en temps, elles trouvent un acheteur et, lâchant le trognon à moitié rogné, elles hurlent des mots aux consonnes roulantes, le visage hilare, d'une voix colérique. Puis, calmes, hautes, elles regardent la gueule brenneuse du métro avaler leurs clients.
Elles resteront là jusqu'à l'heure de la dernière rame, s'asseyant quelques minutes à peine, le temps de fourrer un sein entre les gencives enflées de leur nourrisson.
Plus loin, un homme semble faire la circulation au milieu des bicyclettes. Ses sourcils se soulèvent lorsqu'on l'apostrophe et, d'entre deux lèvres gercées, file un glaviot filandreux qui s'écrase sur la nuque du coupable. Alors, il modifie la position de ses bras, lève le droit, abaisse le gauche comme préposé grotesque à la circulation.
Dans une cabine de toilettes publiques, une femme se glisse, sac à main au bout du bras, élégante avec sa veste au col de fourrure. Au fond, collés contre les parois de plastique, deux hommes au faciès terrible attendent de se livrer avec elle à quelque commerce.
Nous pressons le pas, nous sommes en retard...
Mes pensées, mon écriture sont toutes imprégnées du livre que je lis. Dans la description du Paris sordide de la fin du dix-huitième siècle, c'est presque le mien que je retrouve, aux odeurs nauséabondes, à la crasse étale, foulé aux pieds d'habitants hagards. C'est un premier roman, une des plus belles œuvres que j'ai jamais lues : Une éducation libertine de Jean-Baptiste del Amo.
[Edit du 20 septembre : ce texte a donné envie à Marie-Georges Profonde de décrire son Paris quotidien : c'est là !]
Libellés :
Château-Rouge,
Jean-Baptiste del Amo,
sous influence
Inscription à :
Articles (Atom)