vendredi 14 septembre 2007

Des mots sur les mots

Je lis dans la torpeur du sommeil qui m'attend, au milieu de la nuit. Mon coeur bat faiblement, la lumière de ma lampe tremblote sur les murs, ma vue est glauque, je ne pense à rien, je ne suis plus moi, juste un habitacle dans lequel résonnent les mots des autres. Dehors, un homme hurle, de temps en temps un autre passe en faisant ronfler des phrases étrangères dans son téléphone. Autour de moi des dizaines de cartons forment des murs entre les murs de la vaste chambre, un discret labyrinthe ; ils sont, eux aussi, remplis de phrases, d'idées, de magie, de poésie, d'horreur, ils m'ont habités une nuit, quelques heures, parfois un peu plus et je les feuillette souvent pour y retrouver celle que j'étais lorsque je leur appartenais.

Encore quelques mots, une ou deux pages, avoir la réponse à cette question, savoir ce qu'il advient d'un personnage et comment ? Et puis, pourquoi ne pas finir ce soir, cette nuit ? Demain je pourrais en commencer un autre, choisir entre les nouveautés de la bibliothèque et celles achetées, un jour assoiffée...

Est-ce de la curiosité alors que mon corps semble déjà au repos, sans appétit et sans désir ? Est-ce de la dépendance ou la peur d'éteindre la lumière tout simplement ?

Ma mère et ma soeur lisent aussi avant de dormir. Ma mère parcourt religieusement, chaque jour, Le Monde et dévore des romans policiers de tous styles, suédois, chinois, bouddhistes, sanglants, philosophiques, élizabétains, en commençant parfois par la fin. Ma soeur alterne entre Fantaisie, Bandes Dessinées de la bibliothèque, Canard Enchainé et Science-Fiction. Aux cabinets, elle se délecte de Fluide Glacial.
Je lis des romans américains, français, des nouvelles japonaises, des biographies, plus rarement. Je recherche parfois des récits qui parlent de moi, désirant, au contraire, certains jours découvrir des mondes inconnus, des personnages plus courageux ou plus mystérieux. J'aime les vraies histoires, comme on dit, les histoires qui m'emportent loin, les livres de sueur, de sang, de tripes. J'apprécie aussi les ouvrages de mots, sans coûtures apparentes, avec de temps en temps une sensation timidement esquissée, un personnage impressionniste, une fin méditative ; ceux-ci laissent dans mes souvenirs la trace fraîche et un peu écoeurante du passage d'un fantôme.
Comme au restaurant il y a les jours andouillette à la moutarde, tournedos Rossini et les jours Dodine de canard à l’ancienne pistachée, les envies de fruits de mer et celles de réserver sa faim pour le buffet des desserts.

Et vous qui me lisez, que lisez-vous ?

2 commentaires:

balmeyer a dit…

Je lis (à la vitesse d'un escargot pétrifié ) "Les hommes qui n'aimaient pas les femmes"...

http://tinyurl.com/2x7w6f

Ca a l'air assez excellent...

Kaleidos-coop a dit…

Oulla...
Vaste programme... trop vaste.
Et chaque jour agrandi.
Du polar, de la SF, du classique, de l'etranger...
Un livre que je recommande : "L'evangile du Bourreau" des freres VAINER. Incroyable...