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dimanche 25 novembre 2007

Je vous souhaite de bonnes lectures

La lecture d'une phrase peut vous poursuivre toute la journée.

Dans l'ombre de la moindre porte cochère, les mots se bousculent, prêts à s'agglutiner dans votre esprit et à dépecer les dernières bribes de votre santé mentale.
La force de narration balance au dessus de votre tête, le couperet qui vous ôtera le plus infime de vos espoirs.
Vous marchez et vos pas semblent marteler une à une les lettres d'un récit que vous auriez préféré ne pas avoir entrepris.
Soudain, un passant vous bouscule. Le choc de la collusion vous rappelle celui ressenti au surgissement du point final. Vous éprouvez le besoin de vous arrêter un moment.
Reprenant votre souffle, vous devinez, dans le brouhaha de la cité, un chevrotement, une plainte à peine entonnée : la petite musique du style de l'auteur se mêle aux battements de votre coeur. Craintif, vous reprenez votre marche, chancelant, saisi de superstition, vous croisez les doigts, vous parlez dans votre tête et vous essayez que votre discours soit plus convaincant, plus réaliste que celui que vous avez lu.
Mais rien n'y fait.
Vous levez un bras et, dans le drapé de votre tee-shirt, ondoient les desseins d'un cruel destin. Les lambeaux de ces vies relatées se mêlent à la vôtre.
Vous n'osez plus toucher la belle chevelure d'or de votre bébé.

Vous regardez ailleurs, cherchant l'oubli qui ne vient pas.

Ce n'est pas tant une phrase et les mots cruels qu'elle contient que tout ce qu'il y a derrière : des hommes, des femmes, des enfants qui souffrent, qui tuent ou qui meurent tragiquement.

Petite, j'adorais les Westerns, leurs brutales lois d'airain, les yeux perçants de Clint Eastwood, la respiration haletante d'une brune en danger, les jupons froufroutant des prostituées au grand coeur, les éperons cliquetant sur le parquet du Saloon, les duels au ralenti, la musique d'Ennio Morricone.

J'étais attentive au moindre détail et souvent, alors que le générique défilait, je me mettais à sangloter " c'est fini ? ça veut dire que le cheval, blessé d'une balle perdue, on ne saura pas ce qu'il devient ? Il est peut-être mort ? C'est ça, hein Maman, dis-moi, il est mort ?"

J'avais besoin que les portes de l'histoire soit closes et je ne supportais pas d'ignorer le sort d'un des personnages de l'histoire, fut-il anonyme.

Il y a longtemps que je refuse les "20 minutes", "Métro" et cie qui, anodinement, sur de petites colonnes accumulent les faits divers comme un musée des horreurs portatif.

B. se moquait de moi.
C'était devenu un jeu. Enfin presque un jeu.

Je tenais quelques heures, parfois plusieurs jours et, au petit déjeuner, un matin, je lui avouais ce qui me hantait, une tragédie, le masque impassible d'un tueur en série, la doux sourire d'un enfant disparu.
Ma voix se brouillait, mes yeux brillaient étrangement.
B. frottait sauvagement les siens et s'écriait : "super, encore une bonne journée qui commence ! ça me fait plaisir de déjeuner avec toi !" et il me serrait dans ses bras parce que j'avais de la peine à sourire.

Une fois, n'en pouvant plus, tentant de mettre des mots sur le nuage noir qui flottait au-dessus de ma tête, abattue dès le petit déjeuner je m'écriai "c'est juste que... la vie n'est pas gaie !"

Et puis, de temps en temps, dans l'océan des mots qui vous emportent, surgit une lueur qui allume dans votre ciel un espoir mirifique.

La beauté d'un geste d'enfant.
Un peu de poésie dans un monde de brutes.

vendredi 14 septembre 2007

Des mots sur les mots

Je lis dans la torpeur du sommeil qui m'attend, au milieu de la nuit. Mon coeur bat faiblement, la lumière de ma lampe tremblote sur les murs, ma vue est glauque, je ne pense à rien, je ne suis plus moi, juste un habitacle dans lequel résonnent les mots des autres. Dehors, un homme hurle, de temps en temps un autre passe en faisant ronfler des phrases étrangères dans son téléphone. Autour de moi des dizaines de cartons forment des murs entre les murs de la vaste chambre, un discret labyrinthe ; ils sont, eux aussi, remplis de phrases, d'idées, de magie, de poésie, d'horreur, ils m'ont habités une nuit, quelques heures, parfois un peu plus et je les feuillette souvent pour y retrouver celle que j'étais lorsque je leur appartenais.

Encore quelques mots, une ou deux pages, avoir la réponse à cette question, savoir ce qu'il advient d'un personnage et comment ? Et puis, pourquoi ne pas finir ce soir, cette nuit ? Demain je pourrais en commencer un autre, choisir entre les nouveautés de la bibliothèque et celles achetées, un jour assoiffée...

Est-ce de la curiosité alors que mon corps semble déjà au repos, sans appétit et sans désir ? Est-ce de la dépendance ou la peur d'éteindre la lumière tout simplement ?

Ma mère et ma soeur lisent aussi avant de dormir. Ma mère parcourt religieusement, chaque jour, Le Monde et dévore des romans policiers de tous styles, suédois, chinois, bouddhistes, sanglants, philosophiques, élizabétains, en commençant parfois par la fin. Ma soeur alterne entre Fantaisie, Bandes Dessinées de la bibliothèque, Canard Enchainé et Science-Fiction. Aux cabinets, elle se délecte de Fluide Glacial.
Je lis des romans américains, français, des nouvelles japonaises, des biographies, plus rarement. Je recherche parfois des récits qui parlent de moi, désirant, au contraire, certains jours découvrir des mondes inconnus, des personnages plus courageux ou plus mystérieux. J'aime les vraies histoires, comme on dit, les histoires qui m'emportent loin, les livres de sueur, de sang, de tripes. J'apprécie aussi les ouvrages de mots, sans coûtures apparentes, avec de temps en temps une sensation timidement esquissée, un personnage impressionniste, une fin méditative ; ceux-ci laissent dans mes souvenirs la trace fraîche et un peu écoeurante du passage d'un fantôme.
Comme au restaurant il y a les jours andouillette à la moutarde, tournedos Rossini et les jours Dodine de canard à l’ancienne pistachée, les envies de fruits de mer et celles de réserver sa faim pour le buffet des desserts.

Et vous qui me lisez, que lisez-vous ?